Une crise humanitaire d’ampleur se déroule en silence dans le territoire de Mahagi, en province de l’Ituri. Depuis ce samedi 11 avril, un flot continu de civils épuisés franchit les limites administratives, fuyant des zones de combat devenues invivables. Ces personnes déplacées, dont le nombre ne cesse de croître, cherchent désespérément un havre de paix après avoir tout abandonné derrière elles. La situation, déjà précaire, risque de se transformer en catastrophe si une aide d’urgence n’est pas rapidement déployée.
La première vague, forte de plus de cinq cents âmes, a atteint les villages du groupement d’Ame Pamitu en fin d’après-midi ce week-end. Après près de trois jours de marche forcée à travers brousse et sentiers, hommes, femmes et enfants sont arrivés au bout de leurs forces. Une source policière locale décrit des scènes de désolation : des familles entières portant à peine le strict nécessaire, quelques ballots sur la tête, d’autres poussant avec difficulté leur bétail, ultime richesse sauvée in extremis. Parmi cette foule hagarde, la présence de femmes enceintes, de personnes âgées et d’une multitude d’enfants aux regards vitreux alerte les quelques autorités sur place.
Mais où peuvent-ils bien aller ? L’accueil, pour l’instant, repose sur la solidarité précaire des communautés hôtes. Les nouveaux arrivants sont éparpillés dans des villages comme Djupakpeshe, Djupusiga, Pakenge Kpena, Djupabok, Pamitu Paliesh et Siza Nyamukawa. Ils sont hébergés dans des ménages locaux, souvent aussi vulnérables qu’eux, ou trouvent un abri sommaire dans des églises. Les capacités d’accueil sont déjà saturées, et les ressources—nourriture, eau, soins—s’épuisent à une vitesse alarmante. Les témoignages des rescapés sont unanimes : d’autres vagues sont en chemin, annonçant une pression encore plus insoutenable sur cette région de l’Ituri.
Cet exode massif trouve son origine dans la recrudescence des violences armées dans le territoire voisin de Djugu, plus précisément dans la localité de Bule. Depuis le milieu de la semaine dernière, des affrontements d’une intensité rare opposent les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) aux miliciens de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP). Cette milice, active depuis des mois, déstabilise toute la région par ses actions, contraignant les populations civiles à choisir entre la mort et la fuite.
Face à cette menace, les FARDC, avec l’appui logistique et tactique de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO), ont lancé des opérations militaires ciblées. Ces interventions se concentrent dans les zones de Fataki et Lodda, dans le territoire de Djugu. L’objectif déclaré par les autorités militaires est clair : éloigner la présence des combattants de la CRP des centres de vie et rétablir un semblant de sécurité pour permettre le retour des civils. Cependant, ces opérations, aussi nécessaires soient-elles, ont pour effet collatéral immédiat de précipiter le mouvement de panique des populations, prises en étau entre deux feux.
Sur le terrain, le bilan est amer. Les besoins humanitaires sont criants et multidimensionnels. Outre la faim et la soif, les risques d’épidémies dans des sites de fortune surpeuplés sont réels. L’épuisement psychologique et physique des déplacés, particulièrement des enfants, appelle à une prise en charge médicale et psychosociale urgente. Comment les acteurs humanitaires pourront-ils faire face à cette nouvelle crise dans une région déjà marquée par des cycles de violence chroniques ? La question reste en suspens, alors que les routes d’accès sont souvent peu sûres et les financements limités.
Les opérations militaires conjointes FARDC-MONUSCO se poursuivent donc, dans l’espoir de tarir à la source cette vague de déplacement. Pourtant, l’histoire récente de la région montre que les milices comme la CRP ont une fâcheuse tendance à se disperser pour mieux renaître ailleurs. La sécurisation durable des zones de conflit passe-t-elle uniquement par la force ? La protection des civils et la réponse à leurs besoins immédiats doivent impérativement accompagner toute action militaire, sous peine de voir des milliers d’autres personnes contraintes à l’exil. Pour l’heure, le territoire de Mahagi Ituri retient son souffle, accueillant dans la douleur ses frères et sœurs en détresse, tandis que le son des combats résonne encore au loin.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
