Une forte vague a emporté leurs espoirs avec l’embarcation. Dans les eaux sombres du lac Kivu, aux alentours de 18 heures ce mardi 7 avril 2026, des silhouettes luttaient désespérément contre les flots. « Les passagers ont manqué le secours sur le lac Kivu. Jusqu’à 18 heures, ils étaient en train de nager mais sans succès », raconte, la voix lourde d’émotion, Benjamin Mungazi, président du bureau de la Nouvelle société civile de Kalehe. Ce récit glaçant pose une question simple et terrible : combien de vies faudra-t-il encore sacrifier sur l’autel de la négligence et de l’impunité ?
Le drame s’est produit alors qu’un bateau motorisé effectuait la traversée entre l’île d’Idjwi, au marché de Sakiro, et la localité de Makengere, dans le groupement de Mbinga Nord. Le nombre exact de passagers à bord demeure inconnu, un flou qui en dit long sur le manque de contrôle. Ce que l’on sait, c’est que l’embarcation, manifestement surchargée, n’a pas résisté à une forte vague. Parmi les rescapés, sept personnes ont pu être comptabilisées. Parmi les victimes, le corps sans vie d’un enfant de six ans a été repêché, rappelant avec une cruelle acuité la vulnérabilité des plus innocents face à ces drames récurrents.
Les passagers venaient de différentes localités riveraines : Makengere, Mweha, Nyamishonga et Nyabibwe dans Kabulu 1er. Leur point commun ? Emprunter une voie lacustre essentielle pour leurs déplacements quotidiens, mais dans des conditions de sécurité trop souvent défaillantes. Cet accident bateau dans le Sud-Kivu n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une longue liste de tragédies qui jalonnent l’histoire de la navigation sur les grands lacs congolais. Pourquoi les leçons du passé ne sont-elles jamais tirées ? Comment expliquer que le surchargement, cause évidente et récurrente de ces naufrages, continue d’être la norme plutôt que l’exception ?
La société civile Kalehe, par la voix de Benjamin Mungazi, monte au créneau avec une urgence qui frise la colère. Elle lance un cri d’alarme direct aux autorités. « La Nouvelle société civile demande au Gouvernement national, aux autorités compétentes, aux organisations gouvernementales et non gouvernementales… de s’impliquer pour éviter ce genre de drame. » L’appel est clair : il faut une action coordonnée et immédiate. Au-delà du constat, une aide urgente aux victimes de ce naufrage et à leurs familles est indispensable. Mais l’assistance d’urgence ne suffit pas. Il faut s’attaquer aux racines du mal.
Les secours sur le lac Kivu semblent avoir cruellement fait défaut. L’expression « ont manqué le secours » utilisée par le président de la société civile est un terrible constat d’échec. Elle interroge sur l’existence et l’efficacité des dispositifs de sauvetage et de surveillance en place. Y a-t-il des postes de garde-côtes opérationnels ? Les équipements de sauvetage sont-ils disponibles et les conducteurs d’embarcations formés aux gestes qui sauvent ? Le manque de moyens ne peut être une excuse éternelle face à la perte de vies humaines.
La répétition de ces accidents mortels, comme ce dernier naufrage lac Kivu, transforme une tragédie en fatalité. Elle nourrit un sentiment d’abandon chez les populations qui n’ont d’autre choix que de prendre ces risques pour vivre, travailler, se soigner ou se rendre au marché. Chaque disparu laisse derrière lui une famille brisée, une communauté endeuillée. La mort d’un enfant dans de telles circonstances est particulièrement insupportable et symbolise l’échec collectif à protéger les plus faibles.
Les enjeux sociétaux dépassent largement le cadre sécuritaire. Ils touchent au droit fondamental à la vie et à la sécurité des personnes, à la responsabilité de l’État dans la régulation des transports, et au développement économique de régions enclavées qui dépendent de ces voies d’eau. Garantir des traversées sûres, c’est aussi participer au désenclavement et au développement du territoire de Kalehe et du Sud-Kivu dans son ensemble. Il est temps que la sécurité lacustre devienne une priorité politique tangible, avec des budgets dédiés, des contrôles stricts et des sanctions dissuasives contre les pratiques dangereuses comme le surchargement. Le temps des condoléances et des constats amers est révolu ; place à l’action et à la prévention, avant que d’autres noms ne viennent s’ajouter à la liste déjà trop longue des victimes du lac.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
