La nouvelle a circulé comme une onde de choc dans les couloirs de l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication. Dans la soirée du lundi 6 avril 2026, le silence s’est abattu sur le campus, pesant, lourd d’une absence désormais définitive. Jean-Pierre Manuana, le professeur ordinaire, le guide, s’est éteint à Kinshasa. Comment continuer à transmettre le flambeau du savoir quand un tel pilier disparaît ? La communauté académique de l’UNISIC est aujourd’hui en état de choc, confrontée à la perte brutale d’un homme qui incarnait, à lui seul, des décennies de recherche et d’enseignement.
Son parcours était une leçon de rigueur et de passion. Docteur depuis 2005, il fut le deuxième formé par l’école doctorale de l’UNISIC, un exploit qui en disait long sur son engagement précoce pour les sciences de l’information RDC. Sa thèse, une plongée exigeante dans « L’œuvre bibliographique coloniale belge », n’était pas qu’un exercice académique. C’était un travail de fond, une manière de décortiquer les mécanismes du savoir écrit pour mieux en comprendre les enjeux. Pour des générations d’étudiants, le professeur UNISIC était bien plus qu’un enseignant : un mentor qui ouvrait des perspectives sur la bibliologie, la communication écrite, le multimédia et l’e-learning.
Mais Jean-Pierre Manuana ne s’est pas cantonné aux amphithéâtres. L’homme de savoir était aussi un homme d’action, un bâtisseur d’institutions. Son nom reste indissociablement lié à la structuration du paysage bibliothécaire congolais. Qui se souvient encore des débuts de la Bibliothèque interuniversitaire de la RDC, le CEDESURK ? Il en fut le premier directeur, posant les bases d’un réseau essentiel pour la recherche nationale. Avant cela, il avait déjà marqué de son empreinte la bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles. Ces responsabilités ne faisaient que refléter sa conviction profonde : une bibliothèque n’est pas un simple dépôt de livres, mais le cœur battant de la connaissance, un lieu de rencontre et d’émancipation intellectuelle.
Aujourd’hui, le vide est palpable. Que deviennent les projets en suspens, les thèses qu’il encadrait, les réformes qu’il appelait de ses vœux pour moderniser l’enseignement des sciences de l’information RDC ? La disparition d’une telle figure pose des questions cruciales sur la transmission du savoir et la relève dans un secteur en pleine mutation, balayé par la révolution numérique. L’UNISIC, et plus largement le monde académique congolais, peuvent-ils se permettre de perdre de tels intellectuels, à la fois ancrés dans la tradition de la recherche et tournés vers les défis de demain ?
Le parcours de Jean-Pierre Manuana démontre pourtant qu’il est possible de lier excellence académique et service à la communauté. En formant des centaines de professionnels de l’information et de la communication, il a indirectement façonné les médias, les bibliothèques et les institutions culturelles du pays. Son héritage est donc collectif. Il réside dans chaque ancien étudiant qui applique ses enseignements, dans chaque livre catalogué avec la rigueur qu’il exigeait, dans chaque projet de formation à distance qui tente de démocratiser l’accès au savoir.
La mort du professeur UNISIC nous rappelle une vérité souvent oubliée : derrière les institutions, il y a des femmes et des hommes dont l’engagement fait la différence. Le décès UNISIC de cette envergure n’est pas qu’un fait divers triste. C’est un signal d’alarme sur la nécessité de valoriser, protéger et pérenniser l’expertise locale. Alors que la RDC a plus que jamais besoin de compétences pointues pour gérer l’information, cette matière première du siècle, la disparition d’un bibliothécaire CEDESURK et chercheur de sa trempe laisse un héritage magnifique, mais aussi un défi immense à relever. L’hommage le plus durable ne sera pas fait seulement de mots, mais de la volonté de poursuivre son œuvre, pour que la lumière du savoir qu’il a allumée continue de briller dans les esprits des générations futures.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc
