Comment une région peut-elle basculer dans l’urgence sanitaire lorsque les conflits s’ajoutent à la précarité ? Dans l’aire de santé de Faraja, en territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, cette question ne relève plus de la théorie. Entre janvier et février 2026, plus de 6 000 personnes, retournées ou déplacées, ont afflué dans cette zone, créant une pression extrême sur des services de santé déjà exsangues. Cette concentration de populations vulnérables a ouvert la voie à une crise humanitaire d’une ampleur préoccupante, marquée par une flambée de malnutrition et un accès aux soins devenu un parcours du combattant.
Les besoins sont criants et multidimensionnels. Une évaluation rapide conduite en mars a confirmé que l’accès à la nourriture, aux articles ménagers de première nécessité et aux soins médicaux constituait la triple priorité pour ces familles épuisées. Pourtant, sur le terrain, la présence des acteurs humanitaires reste désespérément limitée. Un seul acteur, Médecins Sans Frontières (MSF-France), assure une prise en charge, mais avec une restriction qui laisse un vide béant : seuls les enfants de 1 mois à 15 ans bénéficient de soins gratuits. Les adultes et, plus alarmant encore, les femmes enceintes se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité, sans filet de sécurité médical.
C’est sur le front sanitaire que la situation est la plus alarmante. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre janvier et mi-mars 2026, le centre de santé de Faraja a enregistré 286 cas de malnutrition aiguë. Parmi eux, 129 étaient des cas sévères, une forme qui engage directement le pronostic vital si elle n’est pas traitée. La malnutrition aiguë sévère, que l’on pourrait comparer à une panne sèvre du corps humain, affaiblit irrémédiablement le système immunitaire. Elle transforme des maladies courantes comme le paludisme ou une simple infection respiratoire en menaces mortelles, surtout pour les jeunes enfants. Heureusement, ces patients bénéficient d’un traitement salvateur à base d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, comme le Plumpy’Nut, fourni par MSF.
Mais que se passe-t-il lorsque le centre de santé le plus proche est à des heures de marche ? C’est la réalité vécue par les habitants de Chahi, où le poste de santé local n’est plus fonctionnel. Pour une femme enceinte sur le point d’accoucher, la course contre la montre devient une épreuve physique périlleuse. Elle doit parcourir, souvent en pleine travail, un chemin montagneux de deux à trois heures pour atteindre le centre de Bambo. Dans les cas les plus extrêmes, ces femmes sont transportées sur des civières de fortune, faites de bois et de cordes, chaque secousse représentant un risque supplémentaire. Cet accès aux soins Nord-Kivu défaillant met en lumière l’urgence sanitaire RDC qui sévit dans l’ombre des conflits.
Cette crise humanitaire Nord-Kivu est donc un cocktail explosif : l’afflux de déplacés Bambo et de retournés, la destruction des infrastructures de santé, et la pénurie d’aide humanitaire créent les conditions parfaites pour une aggravation de l’état nutritionnel des populations. La malnutrition Rutshuru n’est pas une fatalité, mais elle devient un symptôme de l’effondrement d’un système. Comment briser ce cercle vicieux ?
La réponse passe par une mobilisation urgente et coordonnée. Les acteurs locaux lancent un appel pressant pour une assistance multisectorielle. Il ne s’agit pas seulement de distribuer de la nourriture, mais de rétablir un accès équitable et sécurisé aux soins pour tous, notamment pour les adultes et les femmes enceintes actuellement laissés-pour-compte. La réhabilitation du poste de santé de Chahi serait un premier pas décisif pour rapprocher les services de santé des populations. En parallèle, un soutien nutritionnel renforcé et des campagnes de prévention contre le paludisme et les infections respiratoires sont indispensables pour enrayer l’hémorragie.
La situation à Bambo et dans ses environs est un signal d’alarme. Elle nous rappelle qu’une accalmie sécuritaire ne suffit pas à effacer les séquelles sanitaires des mois de violence et de déplacement. Sans une intervention rapide et soutenue, les progrès fragiles pourraient être réduits à néant, et le coût humain de cette crise humanitaire continuera de s’alourdir. La communauté humanitaire et les autorités ont aujourd’hui l’opportunité, et la responsabilité, d’empêcher que cette urgence ne se transforme en catastrophe.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
