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Communication politique RDC : Fabrice Akaa Lukangi décrypte l’opinion sur la révision constitutionnelle

Alors que les rumeurs de révision constitutionnelle en République Démocratique du Congo agitent régulièrement la scène politique, une thèse de doctorat vient jeter une lumière académique et critique sur les mécanismes d’adhésion ou de rejet de ce projet par l’opinion publique. Samedi 4 avril, Fabrice Akaa Lukangi a soutenu avec brio son travail à l’Université des sciences de l’information et de la communication (UNISIC), obtenant la plus haute distinction. Cet événement académique, présidé par le professeur Eddie Tambwe Kitenge, ne saurait être plus actuel. En effet, la recherche s’est attelée à décortiquer les interactions entre communication politique RDC et révision constitutionnelle RDC, un sujet qui touche au cœur même des équilibres de pouvoir dans le pays.

Cette thèse doctorat UNISIC s’inscrit dans un contexte où la possibilité d’une modification de la Loi fondamentale est un levier stratégique, souvent brandi par les tenants du pouvoir et redouté par l’opposition. Le chercheur, sous la direction du professeur Paul Okomba Wetshisambi, part d’un constat empirique sans appel : la récurrence des révisions constitutionnelles en Afrique, dont la RDC n’est pas exempte, et le caractère fondamentalement militant de la communication qui les entoure. Le pouvoir, qu’il s’agisse de celui de Joseph Kabila entre 2016 et 2017 ou de Félix Tshisekedi entre 2023 et 2024, déploie-t-il une rhétorique efficace pour emporter l’adhésion ? C’est à cette question brûlante que Fabrice Akaa Lukangi a tenté de répondre, en se focalisant sur les modes de prise de position public.

La méthodologie, aussi rigoureuse qu’ambitieuse, a combiné induction et déduction sur deux périodes distinctes de la vie politique congolaise. Ce choix n’est pas anodin : il permet une comparaison précieuse des stratégies de communication sous deux régimes différents, mais confrontés à la même tentation constitutionnelle. Le résultat de cette analyse fine est la conceptualisation de cinq attitudes publiques face au discours officiel : l’adhésion, l’approbation, l’approbation conditionnelle, la désapprobation et l’absence de position. Ces catégories, loin d’être de simples étiquettes, sont ensuite connectées à une théorie de la réception inspirée de l’école de Birmingham, mais enrichie par la réflexion « akantienne » du chercheur. Ainsi, l’adhésion correspond à un mode de réception hégémonique, là où la désapprobation relève de l’oppositionnel. La vraie trouvaille réside peut-être dans le « mode de sans position », associé à un récepteur « pluricode », une nuance qui échappe aux cadres théoriques classiques et reflète la complexité du terrain congolais.

Mais cette théorisation élégante résiste-t-elle à l’épreuve des chiffres ? Fabrice Akaa Lukangi a poussé le scrupule jusqu’à soumettre son modèle à une enquête quantitative auprès de 264 personnes, construite pour représenter la diversité socioprofessionnelle et provinciale du pays. Cette démarche confère à sa thèse une robustesse rare et en fait un outil potentiellement opérationnel. Le chercheur, cité par ACTUALITE.CD, souligne d’ailleurs que son travail vise à « réfléchir, et voir comment le public appréhende tous les discours développés par le pouvoir, afin de le faire adhérer au projet de révision constitutionnelle ». N’est-ce pas là, implicitement, un manuel à l’usage des stratèges en communication politique RDC ? La thèse apparaît ainsi comme une cartographie des résistances et des consentements, une boussole pour qui voudrait naviguer dans les eaux troubles de l’opinion publique congolaise.

Le parcours académique de Fabrice Akaa Lukangi, qualifié de « purificateur méthodique » par ses pairs, le prédisposait à cette plongée dans l’arène politique. Déjà, depuis son graduat, il disséquait la communication post-électorale du PPRD, puis s’intéressait aux discours internationaux sur le climat. Cette nouvelle contribution, qui fait de lui le 29e docteur de l’UNISIC, couronne une réflexion de longue haleine. Soutenue en présence de figures académiques et politiques comme Evariste Boshap ou Jacques Djoli, la thèse dépasse le cadre universitaire pour interpeller directement la classe dirigeante.

Au final, cette recherche arrive à point nommé. Alors que les spéculations sur un éventuel troisième mandat ou une réforme institutionnelle majeure ressurgissent périodiquement, comprendre les ressorts de l’opinion n’est plus un luxe académique, mais une nécessité politique. La thèse doctorat UNISIC de Fabrice Akaa Lukangi offre une grille de lecture puissante. Elle démontre que la réussite d’un projet de révision constitutionnelle RDC ne dépend pas seulement des rapports de force à l’Assemblée, mais aussi de la capacité du pouvoir à maîtriser les codes d’une communication persuasive, face à un public dont les modes de prise de position public sont désormais décryptés. Le pouvoir en place saura-t-il en tirer les leçons, ou persistera-t-il dans des stratégies de communication usées, au risque de rencontrer une désapprobation catégorique ? L’histoire, et peut-être la prochaine campagne de révision, le diront.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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