Ce samedi 4 avril, une révolution silencieuse a touché le Nord-Kivu : plus de 70 000 personnes ont enfin pu accéder à l’eau potable dans les groupements de Kibumba et Buhumba, en territoire de Nyiragongo. Cette avancée majeure, fruit du projet “Eau pour les Virunga”, marque un tournant dans la vie des populations rurales qui vivaient jusqu’ici dans une pénurie hydrique chronique. Imaginez une communauté entière dépendante de sources éloignées ou d’eaux souvent contaminées, soudainement dotée d’un réseau fiable. Que représente cet accès à l’eau potable pour la santé et la stabilité de la région ?
Le projet, financé par le Royaume des Pays-Bas, répond à un besoin criant dans une zone où les sources naturelles sont quasiment absentes. Située en bordure du Parc national des Virunga, cette région a longtemps souffert de l’insécurité et du manque d’infrastructures de base. Lancé en décembre 2016, “L’Eau pour les Virunga” a mis près d’une décennie à aboutir, freiné par les défis sécuritaires récurrents dans l’est de la RDC. Initialement prévu pour s’achever en 2021, les travaux ont dû être suspendus puis relancés il y a deux ans, démontrant la résilience des acteurs impliqués.
Derrière ce succès, une collaboration technique et humaine exceptionnelle. Plusieurs partenaires ont uni leurs forces, dont MDF Global et Virunga Énergie, pour relever un défi de taille : acheminer l’eau sur 39 kilomètres depuis les sources de captage de Kamira, dans le territoire de Rutshuru, jusqu’aux villages de Kibumba et Buhumba. Cela a nécessité la pose de canalisations sur de longues distances, la construction et l’électrification de stations de pompage et de repompage, ainsi que l’installation de 38 bornes fontaines maintenant opérationnelles. Pour vulgariser, on peut comparer cette infrastructure à un système circulatoire qui apporte le sang vital à des organes éloignés – ici, l’eau est le sang de ces communautés.
Au-delà de l’aspect technique, ce projet d’adduction d’eau à Kibumba s’inscrit dans un cadre plus large : la Collaboration transfrontalière du Grand Virunga. Cette initiative régionale implique la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, visant à gérer durablement les ressources naturelles partagées autour du massif des Virunga. En sécurisant l’accès à l’eau, les partenaires espèrent non seulement améliorer la santé publique – en réduisant les maladies hydriques comme le choléra – mais aussi apaiser les tensions communautaires souvent exacerbées par la rareté des ressources. Comme le soulignent les responsables de Virunga Énergie, l’eau potable peut être un facteur de paix.
Les bénéfices attendus sont multiples. Sur le plan sanitaire, l’accès à une eau saine diminue drastiquement les risques de diarrhées, d’infections et de malnutrition, surtout chez les enfants. Économiquement, les femmes et les enfants, traditionnellement chargés de la corvée d’eau, gagneront du temps pour l’éducation ou des activités génératrices de revenus. Socialement, en réduisant les conflits autour des points d’eau, la cohésion communautaire se renforce. Ainsi, ce projet va bien au-delà de la simple fourniture d’eau ; il contribue à la stabilisation d’une zone stratégique et à la résilience des populations face aux crises.
Cependant, des questions persistent : comment assurer la maintenance à long terme de ces infrastructures ? Les communautés locales sont-elles impliquées dans la gestion des bornes fontaines ? Les partenaires devront veiller à une formation adéquate et à un modèle de gouvernance inclusif pour pérenniser les acquis. De plus, ce succès pourrait inspirer d’autres régions de la RDC confrontées à des défis similaires d’accès à l’eau potable.
En conclusion, le projet “Eau pour les Virunga” est une lueur d’espoir dans le Nord-Kivu. Grâce au financement des Pays-Bas et à la collaboration transfrontalière du Grand Virunga, des milliers de vies sont transformées. Cette réalisation montre que malgré les obstacles sécuritaires, des solutions durables sont possibles lorsque la volonté politique, l’expertise technique et l’engagement communautaire convergent. Pour les habitants de Kibumba et Buhumba, l’eau coule enfin – et avec elle, l’espoir d’un avenir plus sain et plus stable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
