Alors que la République Démocratique du Congo s’efforce d’ancrer la gratuité de l’enseignement primaire, un problème persistant vient entacher ce noble objectif : la gestion du fichier de paie enseignants RDC. Des irrégularités financières et administratives affectent directement le versement de la prime de gratuité éducation, pilier de cette politique sociale. Comment expliquer que des milliers d’éducateurs, pourtant au cœur du système, soient victimes d’anomalies de paiement récurrentes ? La réponse semble se trouver dans un besoin urgent de transparence et de contrôle renforcé.
La Ministre de l’Éducation nationale, Raïssa Malu Dinanga, a récemment présenté un état des lieux saisissant devant le Conseil des ministres. Elle y a détaillé les avancées d’un processus interne d’assainissement du fichier de paie, préparé par la DINACOPE (Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs des enseignants). Lancé depuis janvier 2026, cet exercice vise à fiabiliser un champ « particulièrement sensible » tant budgétairement que socialement. Il ne se substitue pas à l’audit paie éducation nationale plus large ordonné par le Président de la République, mais en constitue un premier jalon crucial.
Les chiffres révélés sont édifiants. En mars 2026, le fichier de paie du secteur comptait 700 249 agents, dont une écrasante majorité de 624 081 enseignants répartis entre le maternel, le primaire et le secondaire. Mais derrière ces statistiques se cache une réalité moins reluisante. Dès janvier, une ponction irrégulière a frappé 32 732 enseignants du primaire au titre de la prime de gratuité. Si des corrections ont été opérées dès le mois suivant, des « anomalies résiduelles » ont persisté en mars : 788 enseignants n’ont toujours pas reçu leur prime, et 33 938 autres ont été sous-payés.
Le tableau s’assombrit encore avec la découverte de paiements « hors cible ». Ainsi, 470 enseignants du maternel et du secondaire, ainsi que 148 agents administratifs, ont indûment bénéficié de cette prime de gratuité, normalement réservée au primaire. Ces erreurs, qu’elles soient techniques, administratives ou frauduleuses, minent la confiance dans le système et hypothèquent le moral des enseignants. Comment peut-on exiger un enseignement de qualité lorsque les éducateurs eux-mêmes sont en proie à des incertitudes sur leurs salaires enseignants Congo ?
Face à ces dysfonctionnements, des mesures conservatoires, administratives et disciplinaires ont été annoncées. L’objectif est double : sécuriser le traitement du fichier, interrompre les manipulations non conformes et renforcer la chaîne de responsabilité. La ministre Raïssa Malu Dinanga y voit une démarche d’intérêt national visant à « protéger la portée sociale de la gratuité de l’enseignement primaire et renforcer la sincérité de la dépense publique ». Mais ces actions sectorières s’inscrivent dans un contexte national plus large de grande fragilité des finances publiques.
En effet, la problématique des retards de paiement des fonctionnaires n’est pas exclusive au secteur de l’éducation. Elle est devenue une préoccupation majeure du gouvernement, au point que le Président Félix Tshisekedi a ordonné un audit complet de l’état liquidatif de la paie de l’État. La soutenabilité des finances publiques et la continuité des opérations de l’État sont en jeu. Les pressions constantes sur la trésorerie nationale expliquent en partie ces retards, mais ne justifient pas les irrégularités ciblées mises en lumière dans le secteur éducatif.
L’enjeu est donc de taille. La réussite de la politique de gratuité de l’éducation, une promesse phare du gouvernement, dépend en grande partie de la régularité et de l’équité du paiement des primes aux enseignants. Un fichier de paie assaini et un audit rigoureux sont les fondations nécessaires pour restaurer la confiance et garantir la stabilité sociale. Le défi est maintenant de transformer ces diagnostics en actions pérennes, pour que les salles de classe congolaises soient portées par des enseignants sereins et correctement rémunérés. L’avenir de toute une génération en dépend.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
