Imaginez-vous descendre chaque matin dans les entrailles de la terre, un pic à la main, sans casque, sans masque, sans aucune protection. C’est le quotidien de centaines de milliers de Congolais. Dans l’obscurité humide des galeries de fortune, le bruit des coups résonne, mêlé à l’angoisse permanente d’un effondrement. Ici, dans les mines artisanales de la RDC, l’espoir d’une pépite se paie au prix fort : celui de la santé, de la sécurité, et souvent, de la dignité.
Une étude menée par la Dynamique des politologues (DYPOLE) et la Fondation Friedrich Ebert, publiée ce jeudi 2 avril à Kinshasa, vient jeter une lumière crue sur cette réalité souvent occultée. Elle révèle que des millions de creuseurs artisanaux RDC vivent dans une « extrême précarité ». Constantin Grund, représentant de la Fondation Friedrich Ebert, dresse un constat sans appel : « Leurs revenus sont dérisoires, souvent inférieurs à 2 dollars par jour, tandis que les dividendes de cette richesse minière s’envolent vers les capitales financières internationales. » Comment un pays aussi riche en ressources minérales peut-il laisser ses enfants travailler dans de telles conditions de travail minier ?
Le rapport souligne un aspect particulièrement dramatique de cette exploitation : la situation des femmes. Parmi cette armée de l’ombre, elles sont nombreuses à trimer, exposées à des violences multiformes et à diverses maladies. « Elles travaillent sans équipements de protection, exposées aux risques d’effondrement, aux maladies et aux violences », rappelle Constantin Grund. Cette précarité des mines a un visage féminin, trop souvent ignoré. Les femmes sont doublement vulnérables, subissant les dangers physiques du site et des pressions sociales accrues.
Sur le terrain, la femmes exploitation minière se résume souvent à un combat quotidien pour la survie. Transportant des charges lourdes, triant le minerai à mains nues, elles inhalent des poussières toxiques et s’exposent à des produits chimiques comme le mercure, utilisé pour l’extraction de l’or. Les violences, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles, constituent une menace permanente. Quelle protection leur est offerte ? Pratiquement aucune. Le secteur minier artisanal, bien que vital pour l’économie de subsistance, fonctionne dans une informalité qui laisse ses acteurs sans droits et sans recours.
Face à ce tableau sombre, l’étude DYPOLE Friedrich Ebert appelle à une prise de conscience urgente et à des actions concrètes. Il est nécessaire, selon les experts, que l’État adopte une gouvernance minière inclusive qui reconnaisse pleinement l’apport des femmes comme celui des hommes. Une spécialiste des questions minières présentant l’étude a plaidé pour un meilleur accompagnement : « Elles n’ont pas accès au financement. Si les femmes parviennent à obtenir leur propre coopérative et des financements, elles pourront en aider d’autres. » La formalisation et l’organisation en coopératives apparaissent comme une piste essentielle pour sortir de l’impasse.
Mais au-delà des recommandations, c’est tout un système qu’il faut interroger. Pourquoi la richesse générée par le cobalt, le cuivre ou l’or ne profite-t-elle pas à ceux qui l’extraient au péril de leur vie ? La misère des creuseurs artisanaux n’est pas une fatalité. Elle est le produit d’un modèle économique qui sacrifie l’humain sur l’autel du profit. Les appels à une politique minière plus juste et plus humaine se multiplient. Il est temps que les dividendes de la terre congolaise commencent à irriguer les communautés locales, à construire des écoles et des hôpitaux, plutôt que de ne garnir que les comptes offshore.
L’enjeu est sociétal. La dignité de milliers de familles dépend de la capacité des autorités et des acteurs internationaux à transformer ce secteur. Garantir des conditions de travail décentes, lutter contre les violences faites aux femmes, et assurer une rémunération juste ne sont pas des options, mais des impératifs pour un développement durable et équitable. La RDC peut-elle continuer à bâtir sa prospérité sur le sang et la sueur de ses enfants ? La réponse à cette question déterminera l’avenir de toute une nation.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
