Le gouvernement de la République démocratique du Congo passe à l’action face aux tensions persistantes dans le Grand Équateur. Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a annoncé le déploiement imminent d’une mission sécuritaire d’identification ciblant les éleveurs Mbororo dans la province du Nord-Ubangi. Cette décision, officialisée mardi à Kinshasa, constitue un premier pas concret dans l’application de la politique nationale de sécurisation du territoire. Mais cette annonce intervient-elle à temps pour apaiser une région en proie à de multiples défis ?
L’annonce a été faite à l’issue d’une rencontre de haut niveau entre le ministre et les représentants du caucus des députés nationaux du Grand Équateur. La situation des éleveurs nomades Mbororo, dont le nombre est estimé à plus de 3 000 individus dans la zone, était au cœur des discussions. Ces derniers sont régulièrement accusés par les communautés locales de multiples exactions, créant un climat d’insécurité et de conflits fonciers récurrents. La mission annoncée vise donc à établir un recensement précis et à identifier ces populations, considérée comme une étape préalable indispensable à toute régulation et pacification durable.
Toutefois, la problématique des Mbororo ne fut pas la seule soulevée lors de cette réunion cruciale. Les parlementaires ont pointé du doigt d’autres failles sécuritaires majeures entravant le développement de la région. L’insuffisance criarde des effectifs de la Police nationale congolaise a été dénoncée comme un handicap structurel. Un manque qui ne se limite pas au Nord-Ubangi mais s’étend à l’ensemble du Grand Équateur, laissant de vastes étendues du territoire sans présence policière régulière et efficace. Comment assurer la sécurité des citoyens et le respect de l’ordre public dans un tel contexte de sous-effectifs ?
Autre sujet d’inquiétude majeur abordé : la porosité persistante des frontières dans cette partie nord du pays. Cette vulnérabilité facilite non seulement les mouvements transfrontaliers non contrôlés, mais aussi des trafics en tout genre, compromettant la souveraineté et la stabilité de la RDC. Cette porosité est souvent citée comme un facteur aggravant dans l’infiltration de groupes armés ou d’éléments incontrôlés. La sécurisation de ces frontières apparaît donc comme un impératif national, étroitement lié à la sécurité intérieure.
José Engbanda, porte-parole du caucus des députés, a rendu compte des assurances reçues du vice-Premier ministre. « Il nous a rassurés qu’un télégramme est en préparation pour lui permettre de regagner incessamment la province. Il a demandé aux députés de bien encadrer ce jeune vice-gouverneur. Nous avons également évoqué la situation des Mbororo dans le Nord‑Ubangi, la porosité des frontières et le manque des unités de la Police nationale… Il a reconnu que c’est une question très préoccupante, actuellement examinée au niveau du gouvernement », a déclaré le parlementaire. Ces préoccupations seraient examinées au sein de l’Union sacrée de la Nation, avec engagement d’y apporter des solutions.
Cette réunion a également permis d’évoquer la crise institutionnelle paralysant la province voisine du Sud-Ubangi, où un conflit oppose l’Exécutif provincial à l’Assemblée provinciale. Une instabilité politique locale qui, couplée aux défis sécuritaires, fragilise toute la région. Il y a un mois, le gouverneur du Sud-Ubangi avait déjà alerté les autorités centrales sur la problématique des éleveurs Mbororo, démontrant que l’alerte était ancienne et que la situation nécessitait une réponse urgente et coordonnée.
L’annonce de cette mission sécuritaire en RDC menée par Jacquemain Shabani représente donc une reconnaissance officielle des problèmes qui minent le Nord-Ubangi. Elle traduit une volonté politique d’apporter une réponse structurée à un dossier complexe mêlant sécurité, cohésion sociale et gouvernance. Cependant, le défi sera de traduire cette annonce en actions tangibles sur le terrain. Le succès de cette opération d’identification dépendra largement des moyens logistiques et humains qui lui seront alloués, ainsi que de la capacité à traiter simultanément les autres maillons faibles que sont le manque de policiers et le contrôle frontalier.
La population du Nord-Ubangi, et plus largement du Grand Équateur, attend désormais des actes concrets. La mise en œuvre effective de cette mission, accompagnée d’un renforcement des effectifs de la Police nationale congolaise et d’un plan de sécurisation des frontières, sera scrutée à la loupe. Elle déterminera si cette initiative peut véritablement amorcer un cercle vertueux de paix et de développement dans une région qui en a grand besoin. L’espoir est permis, mais la vigilance reste de mise.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
