Le marché DGC, à Kiba, des chantiers abandonnés, des épaves de voitures le long de la route… À première vue, des lieux banals du quartier des Anciens Combattants, dans la commune de Ngaliema. Pourtant, ces endroits peu surveillés sont devenus le théâtre d’un drame silencieux qui ronge la jeunesse. « Ces jeunes perturbent la tranquillité du quartier. Lorsqu’ils sont sous l’effet de la drogue, ils deviennent violents et incontrôlables », confie un habitant, la voix empreinte d’une lassitude qui en dit long sur le quotidien des familles.
La consommation de drogues à Kinshasa, et plus précisément dans ce coin de Ngaliema, a atteint un niveau alarmant, créant un climat d’insécurité permanent. Les résidents pointent du doigt une « montée inquiétante » de ce fléau, transformant des espaces publics en zones de non-droit où se déroule un trafic de drogue sournois. Mais au-delà des nuisances publiques, c’est le cœur des foyers qui saigne. « Ils ne nous écoutent plus. Certains vont jusqu’à voler à la maison pour se procurer de la drogue », regrette un parent, le regard perdu. Comment en est-on arrivé là ? Quelles sont les racines de cette détresse qui pousse une génération à se perdre dans les vapeurs toxiques de la dépendance ?
Le phénomène de la drogue en RDC n’est pas nouveau, mais sa manifestation au quartier des Anciens Combattants prend une tournure particulièrement aiguë. Les jeunes drogués, souvent livrés à eux-mêmes, errent entre les points de vente dissimulés. Cette situation n’est pas seulement un problème de santé publique ; c’est une bombe à retardement sociale. L’insécurité liée à la drogue à Ngaliema se mesure aux agressions, au sentiment de peur des riverains, et à la déstructuration du tissu communautaire. Les familles, premières victimes collatérales, assistent impuissantes à la métamorphose, parfois irréversible, de leurs enfants.
Face à cette crise, la réponse des autorités semble, pour beaucoup d’habitants, en décalage avec l’urgence de la situation. Si la Police nationale congolaise (PNC) affirme reconnaître le problème et mener des opérations de traque contre consommateurs et vendeurs, elle appelle aussi à une plus grande collaboration de la population. Un appel qui sonne creux pour certains résidents, qui estiment que la lutte reste trop timide et peu visible. Le mutisme du chef du quartier des Anciens Combattants, qui s’est réservé de tout commentaire, n’arrange en rien ce sentiment d’abandon. La population est-elle condamnée à gérer seule les conséquences de ce trafic à Kinshasa ?
Plusieurs observateurs plaident, avec raison, pour une réponse coordonnée. Il ne s’agit pas seulement de réprimer, mais de prévenir, soigner et réinsérer. La lutte contre la consommation de drogues doit mobiliser les autorités locales, les forces de l’ordre, les leaders communautaires, les organisations de la société civile et les structures de santé. Protéger la jeunesse, c’est d’abord comprendre les causes profondes de son malaise : le chômage, le manque de perspectives, l’oisiveté. Sans offre d’avenir, la tentation de l’évasion chimique restera forte.
Le quartier des Anciens Combattants est à la croisée des chemins. La montée de la toxicomanie est le symptôme d’un mal-être plus large qui frappe une partie de la jeunesse kinoise. Rétablir la sécurité et la paix sociale dans ce secteur passera nécessairement par un investissement massif dans la jeunesse, par des programmes de sensibilisation choc et par un accompagnement des familles dépassées. Le temps n’est plus aux constats amers, mais à l’action concertée. L’avenir de toute une génération se joue aujourd’hui dans les ruelles de Ngaliema. La société congolaise saura-t-elle relever ce défi ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
