La République Démocratique du Congo renforce son front contre un ennemi invisible mais tenace : le virus de la poliomyélite. Lors d’une réunion cruciale tenue mardi à Kinshasa, le Conseil national de la couverture santé universelle (CNCSU) a lancé un appel pressant aux gouverneurs et présidents des assemblées provinciales. L’objectif ? Intensifier de manière significative les campagnes de vaccination contre la polio sur l’ensemble du territoire national.
Le Dr Polydor Mbongani Kabila, coordonnateur national du CNCSU, a porté ce message avec une urgence palpable. Il a invité les autorités provinciales à s’impliquer personnellement et politiquement dans cette bataille pour la santé publique. Mais pourquoi cet appel est-il si crucial aujourd’hui ? La réponse se trouve dans la nature même de la maladie. La poliomyélite, une infection virale hautement contagieuse qui attaque le système nerveux, peut entraîner des paralysies irréversibles en quelques heures. Les enfants de moins de cinq ans en sont les premières victimes.
Lors des échanges, un constat s’est imposé : pour atteindre l’objectif d’éradication, deux piliers sont non négociables. Premièrement, le renforcement de la surveillance épidémiologique. Il s’agit des yeux et des oreilles du système de santé. Sans une détection rapide et précise de chaque cas suspect, le virus peut se propager en silence. Deuxièmement, et c’est peut-être le défi le plus complexe, l’adhésion des communautés. Comment convaincre chaque parent, dans chaque village, de l’impérieuse nécessité de faire vacciner son enfant ?
Le Dr Kabila a rappelé avec force les engagements déjà pris au plus haut niveau de l’État. Il a évoqué le message du Chef de l’État lors du Forum sur la vaccination et l’éradication de la poliomyélite, ainsi que la Déclaration de Kinshasa signée par les gouverneurs. « Ces deux engagements vont dans le sens de l’éradication de la polio », a-t-il martelé. Le CNCSU a d’ailleurs procédé à une évaluation du niveau d’engagement des provinces, scrutant notamment la promulgation d’édits provinciaux et la mobilisation de ressources locales dédiées à la vaccination. Cette évaluation sert de feuille de route pour les prochaines actions.
Face à cet appel, la réponse des provinces a été immédiate et encourageante. Le gouverneur du Sud-Kivu, le haut représentant du Maniema et d’autres responsables provinciaux ont tour à tour assuré de leur soutien total et de leur accompagnement pour booster les campagnes dans leurs entités. Cet élan collectif est essentiel. Imaginez une chaîne de protection autour de nos enfants : si un maillon, une province, est faible, le virus trouve une brèche pour frapper et se répandre.
Cet appel n’est pas le premier, mais il s’inscrit dans une dynamique renforcée. En novembre dernier, le gouvernement avait déjà organisé une vaste campagne nationale visant l’objectif « zéro cas de poliomyélite ». Cette opération d’envergure ambitionnait de protéger près de 28,5 millions d’enfants âgés de 0 à 59 mois grâce à l’administration de deux doses de vaccin antipolio oral. Ce vaccin, souvent appelé « VPO » (Vaccin Poliomyélitique Oral), est une arme redoutablement simple et efficace. Quelques gouttes dans la bouche suffisent à construire une barrière immunitaire.
Alors, où en est réellement la RDC dans sa lutte contre la polio ? Le chemin vers l’éradication totale est semé d’embûches, notamment l’immensité du territoire, les difficultés d’accès à certaines zones et parfois la réticence vaccinale. Pourtant, les progrès sont tangibles. Chaque campagne de vaccination rapproche le pays de son but ultime : dire adieu à cette maladie une fois pour toutes. L’implication directe des gouverneurs, appelée par le CNCSU, est justement la clé pour surmonter ces obstacles logistiques et communautaires.
Que doivent retenir les familles congolaises ? L’importance vitale de la vaccination. Elle ne protège pas seulement un enfant, elle protège tout un quartier, toute une communauté. C’est un acte de solidarité nationale. Les prochaines semaines seront déterminantes pour concrétiser l’appel du CNCSU. La mobilisation des ressources locales, la sensibilisation de porte-à-porte et la présence visible des autorités lors des journées de vaccination seront les indicateurs à surveiller. L’éradication de la poliomyélite en RDC n’est pas un rêve lointain, c’est un objectif à portée de main, à condition que la mobilisation soit générale, durable et sans faille.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
