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Kongo Central : l’opération démolition frappe Kimpese sur la RN1

Le bruit sourd des engins résonne dans l’air chaud de Kimpese. Jean Mulumba, vendeur de fruits depuis dix ans, regarde, impuissant, la pelleteuse réduire sa cabane en bois et tôle à un tas de débris informes. « C’était ma seule source de revenus pour nourrir ma famille. Maintenant, tout est fini. Où vais-je aller ? Comment vais-je survivre ? » lance-t-il, la voix tremblante d’émotion. Cette scène de désarroi se répète ce lundi 30 mars 2026 le long de la nationale N1, où une opération de démolition des constructions anarchiques a été lancée par les autorités. Comment une telle décision, prise au nom de l’ordre et de la sécurité, impacte-t-elle la vie de centaines de petits commerçants ?

Menée par le service de l’aménagement du territoire du Kongo Central, en collaboration avec la CNPR et avec l’appui tangible de la Police nationale congolaise (PNC), cette opération de grande envergure cible spécifiquement les installations illégales érigées sur les emprises de la RN1. Pour cette première phase, le tronçon concerné va de la place de la Tribune jusqu’à Masamuna, dans le territoire de Songololo. Des étals de marché, des cabines de téléphone, des petits restaurants de fortune… tous sont passés sous le coup du bulldozer. Mardochée Thamba Luntadila, chef d’antenne du service de l’aménagement du territoire, a été catégorique : « Aucune indemnisation n’est prévue. Ces installations sont illégales, elles empiètent sur le domaine public et mettent en danger les usagers. » Un propos qui sonne comme un arrêt de mort économique pour beaucoup.

Derrière cette fermeté affichée, les autorités invoquent des impératifs de sécurité routière et d’assainissement de l’espace urbain. La RN1, artère vitale de la région, est en effet le théâtre d’une recrudescence d’accidents, souvent liés à la visibilité réduite et au rétrécissement de la chaussée causés par ces constructions sauvages. « Nous voulons réorganiser l’espace pour fluidifier la circulation et protéger des vies », explique un responsable sur le terrain. L’opération, qui doit s’étendre sur trente jours, semble donc répondre à une urgence sécuritaire. Mais cette vision top-down suffit-elle à justifier le traumatisme social qu’elle engendre ? La question mérite d’être posée, alors que l’économie informelle constitue le poumon de survie pour une large frange de la population.

Fait notable, dans cette première vague de démolition, les « khadafi » et « quado » – ces motos-taxis et taxis-brousse qui animent le paysage transport de la région – ont été provisoirement épargnés. Une décision pragmatique, reconnaissent les autorités, pour ne pas paralyser totalement la mobilité locale. Cependant, cet répit pourrait n’être que de courte durée, laissant planer l’incertitude sur ces acteurs essentiels du quotidien. Par ailleurs, les responsables assurent avoir accordé un délai d’un mois à la population, accompagné de campagnes de sensibilisation. « On nous a parlé, c’est vrai, mais on ne nous a pas proposé de solution de rechange », regrette Marie Kabanza, une vendeuse d’habits. Où sont les terrains aménagés, les marchés structurés qui pourraient accueillir ces commerçants de l’informel ? Le silence des autorités sur ce point est assourdissant.

L’annonce d’une deuxième phase, déjà dans les cartons, laisse présager un impact encore plus profond. Elle concernera les habitations en matériaux durables construites dans les mêmes zones et nécessitera l’utilisation d’engins lourds. Des familles entières, installées parfois depuis des années dans des maisons en parpaings, se retrouvent ainsi sous la menace directe. Cette escalade interroge sur la planification urbaine à long terme de la région. Pourquoi avoir laissé ces constructions proliférer avant d’intervenir de manière aussi radicale ? L’aménagement du territoire ne devrait-il pas anticiper et guider le développement plutôt que de le corriger par la force ?

Au-delà du coup de balai sur la RN1, cette opération démolition à Kimpese soulève des enjeux sociétaux majeurs. Elle met en lumière le conflit permanent entre la nécessité d’un État de droit, avec des normes urbanistiques et sécuritaires, et la réalité d’une économie de survie qui pousse les citoyens à occuper l’espace public. La recherche de l’ordre et de la modernité urbaine ne peut se faire au mépris des droits socio-économiques des plus vulnérables. Les constructions illégales sur la RN1 sont un symptôme, pas la cause profonde. La cause, c’est souvent le manque d’alternatives viables, d’encadrement et d’investissement dans les infrastructures de base.

Alors que les débris sont évacués et que la circulation commence à retrouver un flux plus régulier sur le tronçon de Songololo, une autre reconstruction, plus complexe, doit s’engager : celle de la confiance entre les administrés et les autorités. L’assainissement de l’espace public est une bonne chose, mais il doit s’accompagner d’une véritable politique d’inclusion économique et sociale. Sinon, demain, d’autres constructions anarchiques réapparaîtront, poussées par la même nécessité de vivre. L’opération de Kimpese sera-t-elle un exemple de gestion urbaine durable ou un simple cache-misère ? L’avenir le dira, mais pour l’instant, sur les bas-côtés de la RN1, il ne reste que la poussière et l’amertume.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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