Une opération militaire d’envergure a été menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo dans le territoire de Shabunda. Cette intervention, ciblée et décisive, a abouti à la capture d’un chef de groupe armé notoire. La neutralisation de cette menace représente-t-elle un tournant dans la sécurisation du Sud-Kivu ? Les réponses sont mitigées, entre espoir de paix et vigilance maintenue.
Dimanche 29 mars, une unité des FARDC a lancé une offensive dans la localité de Kitete, à Shabunda-Centre. L’objectif était clair : démanteler une cellule armée se réclamant des Wazalendo, mais impliquée dans une série d’activités criminelles. Les combats ont été brefs mais intenses. Le bilan officiel fait état de l’arrestation du général autoproclamé Amisi Sisawa, plus connu sous le nom de « Muswahili ». Treize de ses combattants ont également été capturés. Les affrontements ont causé la mort de deux hommes et blessé grièvement deux autres.
Le porte-parole du secteur opérationnel Sukola 2 Nord-Sud Kivu a rapidement clarifié la nature de l’opération. Il a été souligné que le groupe ciblé était en réalité « une association de malfaiteurs se faisant passer à tort pour des Wazalendo ». Cette distinction est cruciale dans une région où la labellisation des milices est souvent utilisée comme un écran de fumée. L’arrestation de Muswahili constitue un succès tactique immédiat pour l’armée régulière.
Sur le terrain, la nouvelle a été accueillie avec un soulagement palpable par une partie de la population. Pendant des mois, le groupe dirigé par Amisi Sisawa a semé la terreur dans plusieurs localités du territoire. Pillages, extorsions, actes de torture et travaux forcés, notamment dans les zones minières, lui sont imputés. Son démembrement est perçu comme une première étape vers le rétablissement de l’autorité de l’État dans une zone longtemps livrée à elle-même. Des acteurs de la société civile saluent cette avancée, y voyant un signal fort envoyé aux autres groupes armés du Sud-Kivu.
Pourtant, l’ombre de la menace planait jusqu’aux plus hautes sphères provinciales. Le ministre provincial de la Justice, Mayani Faustin, en a fait l’amère expérience. Lors d’une mission officielle à Shabunda, il a été la cible directe de menaces proférées par Muswahili. « Lorsque nous avons annoncé notre arrivée à Shabunda, il a commencé à intervenir à la radio et à diffuser des messages vocaux pour affirmer qu’il empêcherait notre venue », a-t-il témoigné. Cet incident illustre le climat d’impunité et de défi dans lequel opérait ce groupe.
Mais la capture d’Amisi Sisawa suffira-t-elle à ramener une sécurité durable ? De nombreuses voix, au sein de la société civile et parmi les observateurs, appellent à la plus grande prudence. La neutralisation d’un seul groupe ne doit pas faire illusion. Le territoire de Shabunda, comme d’autres parties de la province, reste le théâtre d’activités d’autres factions armées. Certaines continuent d’opérer sous le couvert d’étiquettes locales, compliquant le travail des forces de l’ordre. L’appel est donc unanime : les opérations des FARDC à Shabunda doivent se poursuivre et s’intensifier.
La traque doit être étendue pour mettre un terme définitif à l’impunité. La population, bien que soulagée, reste sur ses gardes. L’enjeu est de taille : transformer un succès militaire ponctuel en une paix civile permanente. La restauration de la confiance entre l’État et les citoyens passe par une présence sécuritaire renforcée et continue. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la capacité des forces gouvernementales à consolider ce gain.
L’opération de Shabunda démontre la volonté des FARDC de reprendre le contrôle de zones instables. Elle envoie également un message clair à tous les groupes qui défient l’autorité de Kinshasa. Cependant, le chemin vers la stabilité complète est encore long. La sécurité du territoire de Shabunda dépendra de la persistance de l’effort militaire et de la mise en place parallèle de mécanismes de justice et de développement. Pour l’instant, la priorité reste la poursuite des actions sur le terrain pour neutraliser toutes les menaces résiduelles et permettre aux habitants de retrouver une vie normale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
