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Sénat RDC : Tshisekedi impose Basengezi Katintima pour succéder à Bahati Lukwebo

Dans un mouvement orchestré avec une précision chirurgicale, l’Union sacrée de la Nation (USN) a officiellement placé son pion sur l’échiquier politique du Sénat congolais. Ce mardi 31 mars 2026, par la voix de son secrétaire permanent André Mbata, la majorité présidentielle a déposé la candidature de Norbert Basengezi Katintima pour le prestigieux poste de deuxième vice-président de la chambre haute. Une décision présentée comme un choix collectif, mais dont l’ombre portée du chef de l’État, Félix Tshisekedi, « autorité de référence » de la coalition, plane de manière incontestable. Ce coup de force institutionnel, intervenant à la suite de la démission forcée de Modeste Bahati Lukwebo, illustre une fois de plus la mainmise croissante de l’exécutif sur les arcanes du pouvoir législatif.

L’opération de succession, calibrée pour éviter tout accroc, s’inscrit dans un calendrier serré dicté par le bureau du Sénat. En désignant l’ancien vice-président de la CENI et sénateur du Sud-Kivu, l’USN opère un remplacement dans la continuité géographique, mais assure surtout une fidélité politique sans faille. Le retrait de la sénatrice Françoise Bemba Ndokwa, pourtant initialement en lice, par son propre parti, le Mouvement de libération du Congo (MLC), n’est-il pas le signe le plus éloquent des rapports de force à l’œuvre au sein de la majorité ? Cette éviction subtile permet à Tshisekedi de consolider son emprise en écartant une figure potentiellement moins alignée, au profit d’un loyaliste éprouvé.

Le processus ayant conduit à cette candidature mérite d’être décrypté. Il trouve son origine dans la démission, ou plutôt la défénestration, de Bahati Lukwebo. La plénière du Sénat a acté son départ le 21 mars, mettant un terme à une procédure de pétition pour « incompétence » initiée à peine cinq jours plus tôt. La rapidité avec laquelle cette affaire a été traitée – depuis le dépôt de la pétition le 16 mars jusqu’à la mise en place et la clôture des travaux d’une commission spéciale – interroge sur la nature réelle des griefs. Était-il réellement incompétent, ou est-il devenu gênant ? Sa présence silencieuse dans l’hémicycle après sa démission, sur le banc des sénateurs et non au perchoir, ressemble à une mise en scène symbolique d’une disgrâce politique.

Avec la candidature de Norbert Basengezi Katintima, le pouvoir exécutif joue une carte de consolidation. L’élu du Sud-Kivu, expérimenté des mécanismes électoraux et des rouages parlementaires, est perçu comme un homme de dossier et de fidélité. Son parachutage à ce poste clé, qui supervise l’administration et la logistique de la chambre, donne à l’USN un levier opérationnel direct sur le fonctionnement quotidien du Sénat. Dans le contexte d’une législature où la majorité doit constamment affirmer son contrôle, maîtriser le bureau du Sénat n’est pas une simple formalité protocolaire, mais une nécessité stratégique.

Le calendrier électoral, aussi rapide que transparent sur le papier, laisse peu de place à la surprise. Entre le dépôt des candidatures, l’examen par une commission ad hoc, une éventuelle campagne éclair et le vote final prévu le 3 avril, tout est conçu pour une transition fluide et sans contestation. Cette course contre la montre témoigne d’une volonté de tourner rapidement la page Bahati Lukwebo et d’installer le nouveau vice-président avant que des voix discordantes ne s’élèvent. La machine USN, huilée par la discipline de parti, semble déterminée à éviter tout débat public prolongé qui pourrait fissurer l’unité de façade.

Quelles sont les implications profondes de cette manœuvre ? Au-delà du simple remplacement d’un homme par un autre, cette séquence renforce le modèle de présidentialisation du régime. Le fait que le choix final revienne à Félix Tshisekedi, érigé en « autorité de référence » incontestable, marginalise le processus démocratique interne au parlement. Le Sénat, chambre de réflexion et de représentation des provinces, risque de se transformer en chambre d’enregistrement des décisions du Palais de la Nation. La candidature unique de Basengezi Katintima, après le retrait des autres prétendants, réduit l’élection à une simple formalité d’investiture, vidant le concept de pluralisme de sa substance.

En conclusion, l’accession programmée de Norbert Basengezi Katintima au perchoir du Sénat est bien plus qu’un changement de personnel. Elle symbolise l’aboutissement d’une reprise en main méthodique des institutions par la majorité présidentielle. Pour Tshisekedi et l’Union sacrée de la Nation, il s’agit de verrouiller un levier de pouvoir essentiel, garantissant la fluidité de l’agenda législatif et neutralisant les velléités d’autonomie au sein de la chambre haute. Le prochain enjeu sera de voir si cette mainmise, si évidente dans la gestion de cette succession, saura résister aux pressions centrifuges et aux ambitions individuelles qui n’ont pas tardé à ressurgir. L’élection du 3 avril, bien que jouée d’avance, servira de baromètre à la cohésion réelle de la majorité et à la solidité du leadership présidentiel dans le paysage politique congolais en perpétuelle recomposition.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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