La clôture de la 13e session de la Conférence des gouverneurs à Bandundu a offert une tribune de choix aux premiers responsables provinciaux pour exposer leurs réalisations. Dans ce cadre protocolaire régi par la Constitution et la loi organique, le gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a livré un état des lieux qui se voulait à la fois un compte rendu d’étape et un plaidoyer politique. Face au président de la République, Félix Tshisekedi, et à la Première ministre Judith Suminwa, il a dressé un tableau contrasté de la capitale, entre l’héritage d’un « délabrement total » et la promesse d’une « bétonnisation » en marche.
Le volet de la réhabilitation voirie Kinshasa a naturellement occupé une place centrale dans l’intervention du gouverneur Daniel Bumba Lubaki. Avec des chiffres à l’appui, il a affirmé avoir trouvé une agglomération où 85% des 1006 kilomètres de voiries étaient en ruine, et les 15% restants « pas à niveau ». La stratégie mise en œuvre, axée sur le désengorgement du centre-ville, aurait déjà permis la livraison de 150 kilomètres de routes sur 660 engagés, répartis sur 70 chantiers. « Ce qui est inédit », a-t-il insisté, attribuant cette dynamique à « l’implication personnelle » du chef de l’État. Mais au-delà des statistiques, c’est le langage employé qui a marqué les esprits. En déclarant que « Kinshasa se fatshise, Kinshasa se bétonnise », le gouverneur a introduit un néologisme politique destiné à incarner la transformation physique de la ville, un mot-clé désormais indissociable de son action et qui pourrait bien définir l’ère Fatshisation Kinshasa.
L’affirmation selon laquelle des communes « jadis oubliées » comme Ngaba, Makala ou Kinsesso « vivent la bétonnisation » est un élément-clé du discours. Elle vise à contrer la critique d’un aménagement concentré sur le seul centre des affaires de la Gombe. Cette volonté affichée d’étendre les routes Kinshasa béton aux quartiers périphériques répond à une demande sociale forte et tente de dessiner une géographie du développement plus équitable. Mais cette ambition soulève des questions : le rythme annoncé est-il soutenable jusqu’à la fin du mandat ? La qualité des infrastructures livrées résistera-t-elle aux intempéries et à une circulation toujours plus dense ? La « fluidité » promise dans la zone commerciale et administrative se concrétisera-t-elle sans une refonte plus large du système de transport ?
C’est toutefois dans la comparaison avec le passé récent que le discours a pris sa dimension la plus ouvertement politique. En soulignant que le programme actuel avait, « à mi-parcours », déjà réalisé « plus de 150 kilomètres » contre « une trentaine » pour « les cinq chantiers tant vantés » de son prédécesseur Joseph Kabila, Daniel Bumba Lubaki a clairement positionné les travaux de voirie comme un marqueur de rupture. La métaphore footballistique du « hat-trick » adressée à Félix Tshisekedi, amateur du ballon rond, n’est pas anodine. Elle transforme un bilan technique en performance politique, inscrivant la réhabilitation voirie Kinshasa dans une logique de rivalité et de supériorité affichée sur l’ancien régime. Le gouverneur joue ici un rôle de relais, consolidant le narratif présidentiel d’une action plus efficace et plus tangible.
Ce rapport d’étape, livré dans l’enceinte de la Conférence des gouverneurs RDC, n’est pas dépourvu d’enjeux pour l’exécutif central. Cette instance, prévue par l’article 200 de la Constitution, est censée être un lieu de dialogue structuré entre le pouvoir central et les provinces. En y recevant publiquement les louanges du gouverneur de la capitale, Félix Tshisekedi renforce l’image d’un président à l’écoute et soutenant les entités décentralisées. Le succès de Kinshasa, si tant est qu’il soit pérenne, est présenté comme un modèle et une validation de la politique nationale.
Reste que ce bilan à mi-parcours, aussi positif soit-il dans sa communication, place la barre très haut pour la suite. Les Kinois, longtemps habitués aux promesses non tenues en matière d’infrastructures, jugeront à l’usage et à l’aune de l’entretien des nouvelles artères. La « fatshisation » annoncée par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki sera-t-elle un simple vernis ou la fondation d’une transformation durable de la capitale ? La surenchère dans la comparaison avec l’ère Kabila, si elle paie politiquement à court terme, crée également une attente extrême. Le risque pour l’exécutif est de voir tout retard ou défaut de qualité sur les chantiers à venir interprété comme un recul. La seconde moitié du mandat sera donc décisive pour transformer l’essai et faire en sorte que le « béton » politique d’aujourd’hui ne se fissure pas demain sous le poids des réalités du terrain.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
