Ce vendredi 27 mars, une audience préliminaire s’est tenue à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa, marquant une nouvelle étape dans le procès militaire visant le jeune opposant politique, Nathanael Onokomba Shako. Le tribunal militaire de garnison a procédé à son identification formelle, une formalité procédurale précédant l’ouverture de l’instruction de ce dossier complexe, où le prévenu fait face à des accusations d’une gravité exceptionnelle. Celles-ci incluent l’apologie des atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation, des actes de terrorisme, mais aussi des crimes de génocide, de guerre et contre l’humanité. L’affaire a été renvoyée au 3 avril 2026, date à laquelle débutera l’examen approfondi des éléments constitutifs de cette affaire judiciaire hautement sensible.
Maître Godefroid Mwanabwato, membre du collectif d’avocats assurant la défense de Nathanael Onokomba Shako, s’est exprimé à l’issue de l’audience. Il a confirmé le report de l’affaire et apporté des précisions sur les conditions de détention de son client. « À l’audience publique de ce jour tenue à la Prison Militaire de Ndolo, le Tribunal Militaire de Garnison a procédé à l’identification de notre client ONOKOMBA SHAKO Nathanaël et a renvoyé l’affaire au 03 avril 2026 pour début d’instruction. Il est serein et il a accès à sa famille et à ses avocats », a-t-il déclaré. Cette communication vise à rassurer sur le respect des droits de la défense, un principe cardinal souvent scruté dans les procédures militaires en République Démocratique du Congo.
Les charges retenues par la cour militaire trouvent leur source dans des propos publics attribués à l’opposant. Le parquet militaire lui reproche explicitement d’avoir tenu des discours qui nieraient ou minimiseraient l’existence du conflit armé, ainsi que la réalité des crimes de guerre perpétrés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces actes, selon l’accusation, sont le fait des rebelles du mouvement AFC/M23, soutenus par le Rwanda voisin. Pour la justice, de telles déclarations pourraient constituer une apologie ou une négation de ces violences, les élevant au rang d’atteinte aux intérêts vitaux de l’État. Comment la défense compte-t-elle contester l’interprétation de ces propos dans le cadre strict d’un procès militaire ?
L’arrestation de Nathanael Onokomba Shako remonte au mois de décembre de l’année dernière, intervenant à l’issue d’une conférence publique dans la commune kinoise de Ngaliema. Initialement placé sous la garde du Conseil National de Cyber Défense (CNC), il a été transféré en janvier vers la prison militaire de Ndolo, établissement réputé pour accueillir les détenus relevant de la justice militaire. Ce parcours carcéral interroge sur la nature exacte des faits qui lui sont imputés et sur la frontière ténue entre cyberdéfense et juridiction d’exception.
La stratégie de la défense, à ce stade, semble clairement orientée vers un plaidoyer pour l’acquittement. Les avocats de Nathanael Onokomba affichent une confiance certaine, estimant que l’instruction, phase cruciale d’investigation et de confrontation des preuves, permettra de faire éclater la vérité et de démontrer l’absence de fondement des accusations. Ils fondent leurs espoirs sur un examen méticuleux et contradictoire du dossier, garantie essentielle d’un procès équitable. Leur client, originaire du district de la Tshangu à l’est de Kinshasa, devra ainsi faire face à une machine judiciaire militaire dont les décisions sont souvent perçues comme rapides et sans appel.
Ce procès militaire s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement volatile en RDC, où la question de la liberté d’expression se heurte fréquemment aux impératifs de sécurité nationale, surtout dans le cadre du conflit prolongé qui ravage l’est du pays. L’issue de cette affaire sera donc observée avec attention, tant par la classe politique que par les observateurs des droits de l’homme. Elle pourrait constituer un précédent significatif quant à la manière dont la justice traite les discours publics sur la guerre et les allégations de crimes internationaux. La tenue de l’instruction à partir d’avril 2026 laisse cependant un long délai, pendant lequel la détention préventive de l’accusé se poursuivra, soulevant inévitablement des questions sur la durée raisonnable de la procédure.
La prochaine audience, fixée dans près de deux ans, ouvrira donc la phase d’instruction. Il appartiendra alors au juge militaire instructeur de rassembler les preuves, d’entendre les témoins et de déterminer s’il existe des charges suffisantes pour renvoyer Nathanael Onokomba Shako devant le tribunal pour un jugement sur le fond. En attendant, la sérénité affichée par le prévenu et l’accès à ses conseils, tels que rapportés par son avocat, restent des éléments positifs dans un environnement judiciaire souvent critiqué. L’affaire Onokomba Shako demeure ainsi une épineuse question à la croisée du droit, de la politique et de la sécurité en République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
