Le fracas des murs qui s’effondrent a réveillé le quartier Budu Budu de Muanda ce mardi 24 mars. Une journée qui a viré au cauchemar pour des dizaines de familles, réveillées par le bruit d’un engin lourd, une Caterpillar, détruisant leurs habitations sous escorte policière. « Nous nous sommes réveillés le matin et avons vu l’engin commencer à démolir les maisons. Ma maison, qui comportait huit appartements, a été détruite alors que j’ai un certificat délivré par l’État », raconte une victime, la voix empreinte d’une colère froide. Cette scène de démolition de maisons à Muanda a immédiatement mis le feu aux poudres, plongeant le chef-lieu du territoire dans une spirale de violences et de tensions sociales.
La rue Yema, artère principale du quartier, s’est transformée en champ de bataille. Face à ce qu’ils perçoivent comme une injustice flagrante, les habitants, affirmant détenir des titres de propriété légaux, ont dressé des barricades. La protestation, vive et spontanée, s’est heurtée à la fermeté des forces de l’ordre. Pour disperser la foule, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes, une réponse qui n’a fait qu’attiser la colère et accentuer le climat de panique. Les manifestations au Kongo Central prenaient ainsi une tournure dramatique, cristallisant un malaise bien plus profond.
Au cœur de cette tempête, un nom revient comme un leitmotiv dans la bouche des riverains : M. Makakidi Baza. Cet homme, présenté comme un ressortissant gabonais, serait à l’origine de l’opération, se prévalant d’une décision de justice lui reconnaissant la propriété des terrains. Une affirmation qui sonne comme une absurdité historique pour les habitants. « Makakidi dit détenir des documents affirmant que cette terre lui appartenait avant la conférence de Berlin. Mais quel État avait signé ces documents ? Avant cette conférence, l’État n’existait pas », s’indigne un autre résident, pointant du doigt l’illogisme de la revendication. Ce différend met en lumière les conflits fonciers en RDC, souvent complexes, où des titres anciens, parfois douteux, s’entrechoquent avec des acquisitions plus récentes, dans un maquis juridique où le citoyen ordinaire se perd.
L’intervention des autorités a fini par calmer temporairement les esprits. L’administrateur du territoire ad intérim de Muanda, Nikola Kinduelo, s’est rendu sur les lieux, accompagné du colonel Felly Ndididi. Il a reconnu l’existence d’une décision de justice ordonnant la démolition des maisons, tout en déplorant vivement la méthode employée. « L’exécution d’une décision de justice s’impose à tous. Mais la manière dont cela a été fait pose problème. Il aurait été préférable d’organiser une réunion préalable avec la population pour éviter les tensions », a-t-il admis, cherchant à jeter un pont entre la loi et le sentiment d’injustice des familles. Il a promis d’orienter les victimes vers les voies de recours, notamment pour des demandes de réparation. Mais cette annonce suffira-t-elle à apaiser les cœurs ?
Derrière les gravats et les yeux rougis par les gaz, c’est toute la question de la sécurité foncière et du droit au logement qui est posée à Muanda. Comment un État de droit peut-il laisser ses citoyens dans une telle précarité, où le toit pour lequel ils ont économisé sou après sou peut être réduit en poussière en une matinée, sur la base d’un litige qu’ils disent ignorer ? L’usage de la police et des gaz lacrymogènes à Muanda pour régler un différend civil interroge sur la priorité donnée à l’ordre public par rapport à la justice sociale. Cette affaire n’est malheureusement pas un cas isolé ; elle reflète les tensions sociales récurrentes liées à la terre dans de nombreuses régions du pays.
Alors que la situation reste sous surveillance, les familles de Budu Budu, elles, sont à la rue. Leur colère s’est tue, remplacée par un désarroi immense et une interrogation lancinante : où reconstruire, et avec quelle garantie que l’histoire ne se répétera pas ? L’épisode de Muanda sonne comme un avertissement. Il révèle l’urgence d’une clarification et d’une sécurisation massive des droits fonciers pour des millions de Congolais, afin que la terre, source de vie, ne reste pas une source intarissable de conflits et de larmes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
