Elvie Kamwanya, élève au Lycée Toyokana de Kasa-Vubu, a désormais une certitude. « Maintenant je sais comment poser des limites, comment dire non aux violences. Je pourrais détecter si c’est une violence ou non ce que je suis en train de vivre. » Ce déclic, elle le doit à une équipe de la Fondation Panzi venue échanger avec elle et ses camarades sur un sujet tabou et pourtant omniprésent : les violences sexuelles basées le genre. Dans cette salle de classe, loin des projecteurs, se joue une bataille cruciale pour l’avenir de toute une génération de jeunes filles kinoises.
Comment protéger ces adolescentes si elles ignorent jusqu’à l’existence de leurs droits ? C’est la question qui a guidé les intervenants de la Fondation, menés par des oratrices comme Christelle Asifiwe. « Nous pensons que ce sont des cibles vulnérables, moins informées, qui sont très souvent victimes », explique-t-elle, détaillant le cœur de leur mission. Leur objectif est clair : donner aux jeunes filles les armes pour se défendre, avant qu’il ne soit trop tard. La séance a ainsi démystifié les différentes formes de violences, du harcèlement quotidien à l’agression sexuelle, et a tracé un chemin clair vers les mécanismes de dénonciation et d’accompagnement. Une prévention des violences sexuelles basées sur le genre qui commence par la parole et la connaissance.
Cette action de sensibilisation dans les écoles de Kinshasa est plus qu’une simple causerie. Elle touche à un enjeu de santé publique et de justice sociale profondément ancré dans le quotidien des Congolaises. Les adolescentes, à l’aube de leur vie d’adulte, sont particulièrement exposées. Sans information, sans réseau de soutien, elles naviguent souvent dans un brouillard dangereux où les gestes déplacés peuvent être banalisés. La Fondation Panzi, portée par l’expertise du Dr Denis Mukwege, apporte ainsi un savoir vital : reconnaître l’inacceptable, nommer l’agression et connaître les portes à pousser pour être aidée. Cette stratégie de prévention est un investissement direct dans l’autonomie et la sécurité des futures femmes de la RDC.
Mais au-delà de la théorie, que retiennent ces jeunes filles ? Les témoignages recueillis sont éloquents. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’on leur parle ouvertement de ces sujets. On leur apprend que dire « non » est un droit fondamental, que leur corps leur appartient et que certaines attitudes, même de la part de figures d’autorité ou de proches, ne sont pas normales. Cette sensibilisation brise un silence multigénérationnel. « On nous a appris à dénoncer la violence et à savoir imposer des limites bien avant que ça ne devienne une violence », résume Elvie. C’est cette frontière, fine et souvent transgressée, que la campagne cherche à rendre visible et infranchissable.
L’ambition de la Fondation Panzi ne s’arrête pas aux murs du Lycée Toyokana. Les organisateurs envisagent d’étendre ce programme de sensibilisation à d’autres établissements scolaires de la capitale, comme les lycées Kambambare et Motema Mpiko. L’objectif est de créer une véritable chaîne de solidarité et de vigilance parmi la jeunesse scolaire. Former une génération consciente et capable de défendre ses droits, c’est aussi construire une société où les violences basées sur le genre n’auront plus de place pour se perpétuer dans l’ombre. Chaque adolescente informée devient une sentinelle pour elle-même et pour les autres.
La route est encore longue pour éradiquer ce fléau des violences sexuelles basées sur le genre en RDC. Pourtant, des initiatives comme celle-ci, ancrées dans le concret des salles de classe, sont les pierres angulaires du changement. Elles transforment la peur en connaissance, l’isolement en solidarité et la vulnérabilité en puissance d’agir. Alors que la séance se termine au Lycée Toyokana, une question essentielle reste en suspens : et si la vraie libération commençait par cette éducation, dès l’adolescence, pour que jamais une jeune fille ne se demande plus si ce qu’elle subit est normal ou non ? L’espoir, désormais, a un manuel pratique et il circule entre les mains des élèves de Kasa-Vubu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
