Ce mardi 24 mars, la ville de Mwenga, dans la province du Sud-Kivu, s’est réveillée sous le signe de la grève générale. Une journée ville morte a été observée par les habitants, exaspérés par les tracasseries multiples perpétrées par certains éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des groupes Wazalendo. Les activités économiques et sociales ont été paralysées à Mwenga centre, mais aussi dans les localités voisines de Buziba, Kitutu, Lugushwa, Kakemenge et Kibe. Écoles, boutiques, marchés : tout est resté fermé, transformant les rues habituellement animées en zones désertes. Cette manifestation silencieuse mais puissante traduit un profond malaise face à une insécurité grandissante dans la région.
La société civile de Mwenga, à l’origine de ce mouvement de protestation, dénonce une situation devenue intolérable. Depuis plusieurs mois, des plaintes répétées ont été adressées aux autorités territoriales, sans qu’aucune réponse concrète ne soit apportée. L’inaction des responsables locaux a finalement poussé la population à durcir le ton. Comment en est-on arrivé à une paralysie totale de la vie quotidienne ? La réponse se trouve dans une série d’abus attribués aux hommes en uniforme.
Selon les témoignages recueillis, certains militaires des FARDC et des combattants Wazalendo se livreraient à des extorsions systématiques de fonds auprès des civils. En cas de résistance, des menaces de mort sont proférées, instillant un climat de peur permanent. Ces tracasseries FARDC Wazalendo ne se limitent pas à des prélèvements arbitraires. La réapparition de barrières payantes illégales sur les axes routiers étrangle l’économie locale. Pire encore, des motocyclettes appartenant à des civils sont régulièrement saisies et utilisées sans aucune compensation par les militaires. Des hôtels et des habitations privées sont également occupés de force, laissant leurs propriétaires démunis.
L’insécurité Sud-Kivu, particulièrement prégnante dans le territoire de Mwenga, prend ainsi des visages multiples. Au-delà des exactions commises par des groupes armés, c’est le comportement de ceux censés protéger la population qui est pointé du doigt. Cette dérive contribue à une érosion de la confiance entre les citoyens et les institutions. La société civile Mwenga, par la voix de ses représentants, alerte sur l’aggravation de la situation ces derniers jours, avec une recrudescence d’actes violents en périphérie du centre-ville.
Face à ce constat alarmant, la mobilisation ne devrait pas faiblir. Les manifestations Mwenga sont appelées à se poursuivre, avec de nouveaux rassemblements déjà annoncés pour les samedi et lundi suivants. Dans un élan de solidarité, les associations de motards, particulièrement touchées par les saisies de leurs engins, ont décidé de prolonger la journée ville morte jusqu’à jeudi. Cette extension du mouvement montre la détermination des acteurs locaux à faire entendre leurs revendications. Jusqu’où ira cette colère populaire si les autorités restent sourdes ?
Les tracasseries dénoncées ne sont pas des faits isolés ; elles s’inscrivent dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires complexes. La présence de multiples groupes armés et les difficultés de l’État à assurer son monopole de la violence créent un terreau propice aux abus. La journée ville morte à Mwenga sonne comme un avertissement clair : la population a atteint ses limites. Les besoins sont simples : la sécurité, le respect des biens et des personnes, et la fin de l’impunité pour ceux qui transgressent la loi.
Les protestations de la société civile Mwenga mettent en lumière une crise de gouvernance locale. Si les appels restent sans écho, le risque d’une escalade de la tension est réel. La paix sociale dans le Sud-Kivu passe nécessairement par une réponse ferme et rapide des chaînes de commandement militaires et des administrations territoriales. La balle est désormais dans le camp des autorités. Saurent-elles prendre la mesure de la détresse exprimée par cette ville morte et agir pour restaurer un climat de confiance ? L’avenir immédiat de Mwenga en dépend.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
