Dans un réquisitoire aussi documenté qu’accablant, une voix s’élève du Haut-Katanga pour dénoncer l’immobilisme des autorités face à une série de crises qui érodent les fondements mêmes de l’État de droit. La tribune publiée ce lundi par Tshiswaka Masoka Hubert, coordonnateur de l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), ne se contente pas de dresser un constat. Elle met en lumière le gouffre béant entre les principes constitutionnels et leur traduction concrète dans la gestion de la province, questionnant jusqu’à la volonté politique des dirigeants.
Le texte, présenté comme une opinion libre mais solidement étayée, opère d’abord un rappel nécessaire des obligations fondamentales de l’État. La Constitution, en consacrant la dignité humaine, la protection de la propriété et la responsabilité environnementale, dessine un cadre exigeant. Pourtant, selon l’analyse de l’auteur, le Haut-Katanga offre le spectacle d’un décalage institutionnel criant. Comment expliquer que des blocages au sein de l’exécutif provincial puissent paralyser l’action publique au point de rendre les garanties constitutionnelles lettre morte ? C’est la première et lancinante question que pose cette contribution au débat public.
La force de la tribune réside dans sa focalisation sur quatre dossiers « emblématiques », autant de symptômes d’une gouvernance défaillante. En tête, la situation des déplacés de guerre accueillis, ou plutôt abandonnés, à Lubumbashi. Plusieurs centaines de personnes, fuyant les violences de l’Est, se retrouvent sans assistance adéquate, malgré des alertes répétées. L’inaction ici n’est pas une simple négligence administrative ; elle constitue une violation patente du devoir de protection des plus vulnérables, un pilier essentiel des droits humains.
Le second volet touche à la sécurité des biens, avec des allégations de spoliation de terrains. Le cas des parcelles de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA) à Kipushi, ainsi que des concessions privées avoisinantes, est particulièrement éloquent. Des décisions administratives existent, mais leur application se heurterait à un mur de silence et d’immobilisme. Cette impuissance de l’État à faire respecter ses propres arrêtés interroge sur l’emprise réelle des autorités sur leur territoire et sur la protection qu’elles sont en mesure d’offrir à la propriété, qu’elle soit publique ou privée.
Plus grave encore est le troisième dossier : celui d’une pollution minière attribuée à une entreprise opérant dans la région. La RDC, riche de son sous-sol, est régulièrement confrontée à ce dilemme entre exploitation économique et préservation de l’environnement et de la santé publique. La réponse institutionnelle, jugée « insuffisante » par l’auteur, enverrait un signal désastreux. Elle laisserait supposer que le profit minier primerait sur le bien-être des communautés et l’intégrité écologique, une équation intenable à long terme pour la gouvernance de la province du Haut-Katanga.
Enfin, le feuilillon de la route Kipopo–Poleni vient compléter ce tableau. Présenté comme un projet d’infrastructure vital à l’arrêt, il cristalliserait les griefs des communautés locales dénonçant un manque de transparence et de suivi dans la gestion des fonds publics. Ce dossier est peut-être le plus symbolique de tous : l’incapacité à réaliser des travaux essentiels, sur fond d’opacité, sape la confiance des citoyens en la capacité de l’État à œuvrer pour le développement et à rendre des comptes.
Face à ce quadruple constat, les recommandations de la tribune tombent comme une évidence : prise en charge humanitaire urgente, protection effective des sites, application stricte des normes environnementales, et transparence absolue dans la gestion des projets. L’appel au lancement d’enquêtes et au renforcement des mécanismes de contrôle est un classique du discours réformateur. Mais dans le contexte actuel, il résonne surtout comme un test pour les autorités provinciales et nationales. Jusqu’où faudra-t-il aller pour que les droits des citoyens du Haut-Katanga cessent d’être perçus comme une option politique pour redevenir une obligation intangible ?
En définitive, cette tribune dépasse le simple cadre de la dénonciation. Elle pose une question fondamentale de philosophie politique : à quoi sert l’autorité si ce n’est à garantir les droits qu’elle a elle-même promis de défendre ? Le silence ou l’inaction des pouvoirs publics face aux souffrances des déplacés de guerre, à l’arbitraire des spoliations, aux dégâts de la pollution ou aux retards de développement, n’est pas neutre. Il devient, comme le suggère avec force Tshiswaka Masoka Hubert, un facteur aggravant. La balle est désormais dans le camp des autorités. Leur réponse, ou leur absence de réponse, à cette interpellation publique sera scrutée à la loupe, offrant une mesure concrète de leur engagement en faveur d’une gouvernance responsable et respectueuse des droits humains.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
