La ville de Beni, déjà éprouvée par des années de conflits, fait face à une nouvelle flambée de violence urbaine. Ce samedi 21 mars, le quartier Ngongolio, dans la commune de Mulekera, a été le théâtre d’une vive tension. Exaspérés par une insécurité galopante, des jeunes ont dressé des barricades, bloquant la circulation pour manifester leur colère et leur peur. Cette action spontanée, spectaculaire et lourde de sens, sonne comme un ultime cri d’alarme lancé aux autorités.
Cet acte de protestation survient au lendemain d’un appel solennel de la jeunesse de Mulekera. Leur demande est simple, mais vitale : que les forces de défense et de sécurité assurent enfin la protection des personnes et de leurs biens. Leur ras-le-bol n’est pas né d’un jour. Il est le fruit amer d’une semaine marquée par une série de cambriolages Beni commis par des hommes armés, et par un drame survenu dans la nuit de vendredi à samedi. Un motard a été assassiné de sang-froid dans ce même quartier Ngongolio, ajoutant une tragédie personnelle à un climat déjà délétère.
Le président de la jeunesse communale, Kamabu Mukama, expose une réalité glaçante. « Il ne se passe pas une seule nuit sans que nous n’entendions qu’il y a eu incursion des bandits dans des maisons, dans des boutiques, par-ci par-là dans les dix quartiers de la commune », témoigne-t-il, la voix empreinte d’indignation. Cette recrudescence des attaques, ciblant les domiciles et les petites boutiques, plonge les habitants dans un état de terreur permanent. Comment continuer à vivre normalement lorsque chaque nuit peut être celle du pillage ou du pire ?
Le danger, selon les jeunes et les leaders locaux, dépasse la simple menace criminelle. Il porte un coup direct à la fragile confiance entre la population et l’armée. Le partenariat civilo-militaire, considéré comme un pilier essentiel dans la lutte contre les groupes armés dans la région, est aujourd’hui en péril. « C’est une situation qui risque de briser le mariage civilo-militaire », alerte Kamabu Mukama. Un partenariat qui, rappelle-t-il, a connu des heures où les habitants patrouillaient eux-mêmes, passant la nuit dehors pour se protéger, faute de sentiment de sécurité apporté par les institutions.
Cette détérioration du lien de confiance est un paradoxe douloureux pour beaucoup à Beni. La ville compte en effet un nombre important de policiers, bien plus que d’autres agglomérations du pays. Pourtant, elle reste perçue comme l’une des plus insécurisées. Où est donc passée cette force de dissuasion ? Pourquoi cette présence supposée ne se traduit-elle pas par une sécurité tangible dans les quartiers comme ceux de Mulekera ? Ces questions, brûlantes, hantent les esprits et alimentent la frustration.
Face à cette colère montante, incarnée par les barricades Ngongolio, les autorités sécuritaires ont réagi. La police nationale affirme avoir ouvert une enquête pour identifier et traduire en justice les auteurs de ces récents méfaits. Une announce nécessaire, mais qui peine à calmer les angoisses sur le terrain. Les habitants attendent désormais des actes concrets et des résultats rapides. Ils espèrent voir une patrouille plus visible, une réponse plus efficace aux alertes, et surtout, une baisse immédiate du nombre d’attaques.
La situation à Mulekera est un microcosme des défis sécuritaires de l’Est de la République Démocratique du Congo. Elle démontre que la menace ne vient pas seulement des groupes armés traditionnels opérant dans la périphérie, mais aussi d’une criminalité urbaine violente qui prospère sur un terreau d’impunité et de faiblesse institutionnelle. L’action des jeunes Mulekera est un signal fort : la patience des populations a des limites. La préservation du partenariat civilo-militaire est à ce prix. Si la confiance se rompt, la tâche des forces de sécurité, déjà complexe, deviendra mission impossible. Les prochaines nuits à Beni seront décisives pour montrer si cet appel, porté par la fumée des pneus brûlés, a enfin été entendu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
