Dans un mouvement parlementaire qui témoigne d’une inquiétude grandissante, le député national Fontaine Mangala a officiellement interpellé le gouvernement sur sa gestion désastreuse de la sécurité fluviale. La question orale avec débat déposée ce jeudi 19 mars au Bureau de l’Assemblée nationale, adressée au Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, ne se contente pas d’un simple rappel à l’ordre. Elle sonne comme un réquisitoire accablant contre l’inaction des autorités face aux tragédies récurrentes qui ensanglantent les fleuves et rivières du pays. Cette initiative, qui place sous les projecteurs de la représentation nationale la problématique des naufrages sur le fleuve Congo, intervient dans un contexte où le bilan humain devient intolérable. Le député de la Tshopo, par cette démarche, engage une bataille politique dont l’enjeu dépasse le simple débat technique : il s’agit de la crédibilité même d’un gouvernement face à son devoir régalien de protection des citoyens.
Pour étayer son propos, Fontaine Mangala a brandi les chiffres glaçants des drames de septembre 2025. Le 11 de ce mois, près de 200 personnes ont péri dans les eaux du fleuve Congo, dans le territoire de Lukolela, après qu’une baleinière surchargée a pris feu avant de chavirer. La veille, un autre naufrage sur la rivière Maringa emportait au moins 86 vies. Ces deux événements, survenus à quelques kilomètres et heures d’intervalle, ne sont malheureusement pas des anomalies mais les symptômes d’un système de transport fluvial à la dérive. En citant ces exemples, le parlementaire ne fait pas que commémorer les victimes ; il dresse un constat d’échec cuisant pour les services du ministère concerné. Comment expliquer que de telles catastrophes, annoncées par des années de négligence, puissent se répéter en toute impunité ? La question, sous-jacente, pointe du doigt une chaîne de responsabilités qui semble s’être dissoute dans l’immensité du fleuve.
Le cœur de l’interpellation réside dans les cinq questions précises et cinglantes adressées à Jean-Pierre Bemba. Mangala demande d’abord l’identification des causes racines des naufrages, une requête qui sous-entend que le gouvernement navigue à vue sans véritable analyse stratégique. Il interroge ensuite sur les mesures de contrôle et d’inspection, mettant en doute l’existence ou l’efficacité de ces dispositifs fondamentaux pour la sécurité transport fluvial. La demande de statistiques officielles sur les accidents navigation Congo au cours des vingt derniers mois est particulièrement percutante : elle suppose que les chiffres réels, soigneusement occultés, pourraient révéler l’ampleur d’une hécatombe silencieuse. Enfin, les interrogations sur les mécanismes de secours et les écarts entre les manifestes et la réalité chargent le transporteur, mais surtout le régulateur, d’une lourde présomption de complaisance ou d’incompétence.
Cette question orale parlementaire RDC n’est pas un simple exercice de style. Elle s’inscrit dans une logique de redevabilité et de pression politique. Jean-Pierre Bemba, figure centrale de la majorité, se retrouve contraint de justifier l’action, ou l’inaction, de son département devant ses pairs. Le député Mangala, par sa démarche, exploite un levier parlementaire pour forcer une transparence que l’exécutif rechigne souvent à accorder. Le choix d’une question orale avec débat est significatif : il ouvre la porte à un échange public, médiatisé, où le Vice-Premier ministre ne pourra se contenter de réponses évasives. La manœuvre place Bemba dans une position délicate, où chaque mot sera pesé et chaque promesse scrutée. L’échec à apporter des réponses convaincantes pourrait non seulement fragiliser sa stature au sein du gouvernement, mais aussi alimenter un récit d’impuissance face aux défis infrastructurels du pays.
Au-delà du duel politique, l’interpellation de Fontaine Mangala député met en lumière un paradoxe criant. Le transport fluvial, vital pour la desserte de nombreuses provinces enclavées et pour l’économie nationale, reste le parent pauvre des politiques publiques de sécurité. Les naufrages fleuve Congo ne sont pas des fatalités ; ils sont le produit d’un cocktail toxique de surcharge, de vétusté des embarcations, de corruption dans les services de contrôle, et d’absence de plans de secours coordonnés. La répétition de ces drames pose une question fondamentale : jusqu’à quand la population devra-t-elle payer de sa vie les carences de l’État ? La conclusion du député, appelant à une “action publique déterminée, transparente et structurée”, résonne comme un avertissement. Sans une réponse à la hauteur, le gouvernement risque de voir sa légitimité s’éroder un peu plus, notamment dans les régions directement affectées par ces tragédies.
Les prochains enjeux sont clairs. La réponse de Jean-Pierre Bemba à cette question orale sera un test décisif pour l’engagement du gouvernement en matière de sécurité des transports. Saura-t-il présenter un plan concret, chiffré et assorti de délais, ou se cantonnera-t-il à des généralités et des promesses déjà entendues ? Le parlement, de son côté, devra montrer qu’il ne se contente pas d’interpeller mais qu’il a la volonté de suivre et de contrôler la mise en œuvre des mesures annoncées. La société civile et les médias auront également un rôle à jouer pour maintenir la pression et garantir que les victimes de ces naufrages ne tombent pas dans l’oubli. Dans ce dossier, chaque jour perdu est un risque accru pour des centaines de vies. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif. Jouera-t-il le jeu de la transparence et de l’action, ou préférera-t-il naviguer en eaux troubles, au risque de nouveaux naufrages politiques ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
