Un souffle de normalité est revenu ce lundi sur le marché de Mudaka, dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu. Boutiques, magasins et étals ont rouvert leurs portes, mettant fin à une journée de psychose généralisée qui avait figé l’activité commerciale dimanche. Les écoles et les églises ont également repris leurs activités, scellant un retour progressif à la vie ordinaire dans cette localité située à une dizaine de kilomètres au nord de Bukavu.
Comment une simple rumeur a-t-elle pu paralyser toute une localité ? La réponse se niche dans les tensions latentes qui minent la sécurité et l’économie de cette zone. Selon plusieurs sources locales concordantes, le cœur du problème réside dans la collecte des taxes sur le marché, particulièrement les jours d’affluence que sont les jeudis et dimanches. Ces prélèvements, perçus au profit de la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) qui contrôle l’entité, sont devenus un enjeu de pouvoir.
Face à ce contrôle, les combattants dits « Wazalendo », retranchés dans les zones périphériques, chercheraient à reprendre la main sur cette manne financière. Cette rivalité sourde a basculé dans la violence jeudi dernier lorsqu’un individu présenté comme un Wazalendo présumé a blessé au couteau un collecteur de taxes du M23 en plein marché de Mudaka. Cet incident, apparemment isolé, a servi de détonateur à une crise de confiance majeure.
Dans les heures et les jours suivant cet accrochage, les réseaux sociaux se sont emballés. Des messages anonymes, relayés en masse, annonçaient une attaque imminente contre le marché de Mudaka prévue pour le dimanche 15 mars. Cette information, bien que non vérifiée, a suffi à semer une panique incontrôlable parmi les commerçants et les habitants. La crainte d’affrontements directs entre les factions rivales a tout simplement vidé le marché. Par précaution, de nombreux vendeurs et vendeuses ont préféré rester cloîtrés chez eux, observant une prudence extrême.
Les conséquences de cette psychose collective ont été immédiates et palpables. Le marché de Mudaka, habituellement animé, est resté désert toute la journée de dimanche. L’impact s’est également propagé aux axes de circulation. Le transport en commun sur la Route Nationale numéro 2 (RN2), artère vitale reliant Bukavu à Kavumu, a été fortement perturbé. De nombreux chauffeurs, redoutant des incidents ou des barrages improvisés sur cet axe stratégique du Sud-Kivu, ont limité ou annulé leurs déplacements, isolant davantage la zone.
Ce lundi matin, pourtant, le calme est revenu. Le chef du groupement de Mudaka a confirmé le retour à une situation normale. Les activités économiques, scolaires et religieuses ont repris leurs cours. Cette résilience des populations face à l’insécurité chronique interroge. Jusqu’à quand les communautés de la région de Kabare devront-elles vivre au rythme des tensions entre groupes armés et des rumeurs qui en découlent ? La reprise des activités à Mudaka est un soulagement, mais elle ne résout en rien le problème sous-jacent : la lutte pour le contrôle des ressources économiques locales, qui transforme les marchés en champs de bataille potentiels.
Cet épisode illustre avec acuité la fragilité du quotidien dans certaines parties de l’Est de la République Démocratique du Congo. Une simple rumeur, amplifiée par les canaux modernes de communication, suffit à plonger une communauté entière dans la peur et à paralyser son économie de subsistance. La situation à Mudaka reste sous étroite surveillance, alors que les causes profondes de la tension – la perception contestée des taxes par le M23 et la rivalité avec les milices Wazalendo – persistent. Le retour à la normale ne doit pas masquer l’urgence d’une résolution pacifique de ces conflits latents pour une stabilité durable dans le Sud-Kivu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
