Dans le groupement de Mbinga Nord, autrefois considéré comme le grenier agricole du Sud-Kivu, les champs de manioc et de haricots ne sont plus que boue et débris. Les pluies diluviennes qui s’abattent depuis des semaines ont tout ravagé, laissant des familles entières sans récolte et sans espoir. « Nous avons tout perdu. Nos champs ont été emportés, la route est coupée, et les prix ont explosé. Comment nourrir nos enfants maintenant ? » témoigne, la voix brisée, un habitant du village de Mukwija. Cette scène se répète dans plusieurs localités du territoire de Kalehe, plongé dans une crise alimentaire d’une rare violence.
La vie se détériore de jour en jour dans cette région pourtant fertile. Benjamin Mungazi, président de la nouvelle société civile du territoire de Kalehe, dresse un constat sans appel : une crise économique et alimentaire frappe de plein fouet la population. Les pluies diluviennes dans le Sud-Kivu ne sont pas seulement une intempérie ; elles sont devenues un fléau systématique qui détruit les cultures, provoque des éboulements de terre et isole complètement les communautés. La route nationale numéro 2, artère vitale reliant Bukavu à Kalehe, est désormais impraticable, coupant l’accès aux marchés et aux secours. Cette situation d’isolement aggrave considérablement la crise alimentaire à Kalehe, transformant une zone autosuffisante en un champ de désolation.
Les conséquences sont immédiates et terribles. Dans les villages de Muganzo, Kalangala, Makengere, Nyabibwe et Kanenge, la flambée des prix a rendu l’accès à la nourriture impossible pour de nombreuses familles. Une simple mesure de farine de manioc, aliment de base, est passée de 500 à 1 500 francs congolais. Comment une famille déjà appauvrie peut-elle survivre face à une telle inflation ? La réponse est amère : l’exode. Des dizaines de ménages abandonnent leurs maisons, parfois emportées par les glissements de terrain, et partent à la recherche d’un refuge improbable. La famine à Mbinga Nord n’est plus une menace ; c’est une réalité quotidienne qui creuse les visages et éteint les espoirs.
L’impraticabilité de la route nationale 2 a sonné le glas des échanges agricoles. Les producteurs ne peuvent plus écouler leurs maigres surplus, et les marchés locaux sont vidés de leurs denrées. L’isolement géographique se double d’un isolement économique, plongeant les communautés dans une précarité absolue. « Les produits agricoles sont emportés par les éboulements. La population manque d’argent, d’où la famine dans plusieurs ménages », explique Benjamin Mungazi. La répétition des intempéries et des catastrophes naturelles dans cette région fragilisée par des années de conflits armés crée un cercle vicieux de pauvreté et d’insécurité alimentaire. Jusqu’où cette descente aux enfers peut-elle aller ?
Face à l’ampleur de la catastrophe, la société civile locale lance un cri d’alarme. Un appel urgent à l’aide humanitaire pour Kalehe est lancé aux autorités congolaises, aux organisations internationales et aux personnes de bonne volonté. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), la FAO, la Croix-Rouge, le Fonds social de la République, ACTED, CARITAS… tous sont interpellés pour une intervention d’urgence. Sans une mobilisation rapide, des milliers de vies sont en danger. La situation exige plus que des promesses ; elle exige des actes concrets : rétablir l’accès par la route, fournir une aide alimentaire d’urgence, et soutenir la relance agricole.
Cette crise met en lumière des enjeux sociétaux profonds. Elle révèle la vulnérabilité extrême des zones rurales de la RDC face aux chocs climatiques, mais aussi l’impact dévastateur du délabrement des infrastructures. La route nationale 2, colonne vertébrale économique, une fois coupée, condamne toute une région à la famine. Cela pose la question fondamentale de la priorité donnée par les pouvoirs publics au développement des territoires et à la résilience des populations. La solidarité nationale et internationale est aujourd’hui un impératif moral pour éviter le pire. Stabiliser Kalehe, c’est contribuer à la sécurité alimentaire de tout le Sud-Kivu et honorer la résilience d’un peuple qui refuse de sombrer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
