La tension atteint son paroxysme dans le secteur de la santé en République démocratique du Congo. Ce vendredi 6 mars, l’intersyndicale du personnel médical a posé une bombe à retardement en accordant un ultimatum d’une seule semaine au gouvernement. Leur menace ? Lancer un mouvement de grève massif baptisé “hôpital sans personnel de santé”, qui pourrait littéralement vider les structures sanitaires publiques de leurs agents. Imaginez un hôpital sans infirmiers, sans médecins, sans techniciens de laboratoire. Que resterait-il ? Des bâtiments vides et des malfaces livrés à eux-mêmes. Cette image apocalyptique pourrait devenir réalité si les négociations achoppent sur des revendications jugées vitales par les professionnels de santé.
Mais quelles sont ces exigences qui poussent les soignants congolais à envisager une mesure aussi radicale ? Au cœur du conflit, trois points cristallisent la colère : une amélioration significative des conditions salariales, le paiement intégral des arriérés de salaires qui s’accumulent parfois depuis des mois, et l’alignement de tous les agents sur la fameuse prime de risque. Cette dernière revendication est particulièrement symbolique. En période de pandémie et face à des maladies comme Ebola, les personnels de santé sont en première ligne, exposés quotidiennement à des dangers mortels. Pourtant, tous ne bénéficient pas de cette reconnaissance financière. C’est comme demander à un soldat de partir au front sans lui fournir d’équipement de protection – une situation intenable qui mine le moral et pousse à l’exode des compétences.
Le docteur Jean-Fidèle Boyo, coordonnateur de l’intersyndicale, ne mâche pas ses mots. “Par notre correspondance, nous avons adressé au gouvernement un préavis de grève de sept jours. Si nos exigences ne sont pas satisfaites, nous entrerons immédiatement en grève”, a-t-il déclaré, précisant le caractère inéluctable de l’action si le statu quo persiste. Son discours frappe par son rejet catégorique de l’argument budgétaire souvent brandi par les autorités. “Pour la question de l’intégration, on nous parle de soi-disant instructions du FMI. Nous ne sommes pas les fonctionnaires du FMI”, lance-t-il, exprimant un ras-le-bol généralisé. Cette position soulève une question fondamentale : jusqu’où les contraintes financières internationales peuvent-elles justifier la dégradation des conditions de travail de ceux qui sauvent des vies ?
L’impact potentiel d’une telle grève donne le vertige. Le système de santé congolais, déjà fragilisé par des années de sous-investissement, pourrait connaître une paralysie prolongée. Les consultations routinières, les urgences vitales, les programmes de vaccination, les soins aux patients chroniques – tout cela serait compromis. Les conséquences sur la santé publique seraient désastreuses, avec une recrudescence évitable des maladies et une augmentation de la mortalité. Qui paiera le prix de cette crise ? En premier lieu, les populations les plus vulnérables, celles qui dépendent entièrement des structures publiques et n’ont pas les moyens de se tourner vers le privé.
Face à ce scénario catastrophe, l’appel lancé par les personnels de santé est clair : ils demandent au gouvernement d’accélérer les négociations et d’apporter des réponses concrètes. Le compte à rebours de sept jours est lancé. Chaque jour perdu dans des tergiversations rapproche le pays d’une crise sanitaire majeure. La balle est dans le camp des autorités. Vont-elles saisir cette dernière chance pour éviter le pire, ou assisterons-nous, impuissants, à l’effondrement programmé de nos hôpitaux ? La résolution de ce conflit dépasse le simple cadre syndical ; elle engage l’avenir même du droit à la santé pour des millions de Congolais. Il est temps que les revendications légitimes des agents de santé trouvent une écoute attentive et des solutions durables, avant que l’ultimatum n’expire et que l’« hôpital sans personnel » ne devienne une triste réalité.
Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
