Les autorités militaires de l’Ituri ont considérablement durci le contrôle à la frontière RDC-Ouganda. Désormais, toute traversée de militaires ougandais ou de leur matériel est soumise à une autorisation préalable expresse de la haute hiérarchie congolaise. Une mesure qui vise à mettre fin aux franchissements jugés arbitraires et à réaffirmer la souveraineté de l’État dans une zone historiquement sensible.
Cette directive stricte, formalisée par le colonel Jacques Disanoa, administrateur militaire du territoire de Mahagi, le 4 mars 2026, s’applique immédiatement aux principaux points de passage, notamment les postes frontaliers d’Anzida et de Karombo. Elle constitue la traduction concrète d’une instruction du gouverneur militaire de la province de l’Ituri, déterminé à réguler de manière drastique les mouvements des troupes étrangères. Les services de sécurité et la Direction générale des migrations (DGM) ont reçu l’ordre formel de ne plus laisser passer aucun élément de l’Ugandan People’s Defence Force (UPDF) sans cet aval explicite.
Pour la société civile locale, cette décision est une victoire significative pour la préservation de l’intégrité territoriale. Innocent Wabekudu, coordonnateur de la société civile de Mahagi, ne cache pas sa satisfaction. « Laisser une force étrangère forcer une barrière et franchir la frontière comme elle veut, c’est mettre en danger l’intégrité territoriale », a-t-il déclaré. Il insiste sur le principe de réciprocité et de formalisme entre États : « Nous sommes dans une République régie par des lois. Toute entrée doit se faire de manière officielle et bilatérale entre les grandes personnalités des deux pays. » Ce durcissement sonne-t-il comme un rappel à l’ordre après une période de flou jugé préjudiciable ?
Le contexte officiel de la présence ougandaise en sol congolais reste l’opération conjointe Shujaa. Lancée il y a plusieurs années, cette coopération militaire entre Kinshasa et Kampala a pour mandat de traquer et de neutraliser les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) dans des zones circonscrites des territoires de Beni, au Nord-Kivu, et d’Irumu, en Ituri. Pourtant, des observations récurrentes signalaient des mouvements de troupes ougandaises bien au-delà de ces périmètres d’action convenue, s’aventurant notamment vers les territoires de Djugu et de Mahagi.
Ces incursions, perçues comme non coordonnées, ont alimenté les spéculations et l’inquiétude parmi les populations et les observateurs. Quel était le motif réel de ces déplacements en dehors du cadre de l’opération Shujaa en Ituri ? S’agissait-il de manœuvres non communiquées, d’initiatives locales ou d’une interprétation trop large du mandat ? L’opacité entretenue autour de ces mouvements contribuait à créer un climat de méfiance, sapant la confiance dans la coopération bilatérale et interrogeant sur le contrôle effectif de l’État congolais sur ses propres frontières.
La nouvelle instruction du colonel Disanoa apparaît donc comme une réponse claire à ces interrogations. Elle vise explicitement à dissiper le flou et à poser des règles incontournables. En exigeant une autorisation systématique, les autorités militaires congolaises reprennent la main sur la gestion des accès militaires à Mahagi. Cette mesure de sécurité frontalière au Congo est un signal fort envoyé à la fois aux partenaires ougandais et à l’opinion publique nationale : la RDC entend exercer pleinement sa souveraineté et n’acceptera plus de franchissements qui ne seraient pas strictement encadrés par un cadre protocolaire clair.
Les implications de ce durcissement sont multiples. Sur le plan opérationnel, cela pourrait ralentir certains mouvements logistiques ou de rotation des troupes engagées dans l’opération Shujaa, nécessitant une coordination et une planification accrues. Sur le plan diplomatique, cela réaffirme le principe du consentement préalable, un pilier des relations entre États souverains. Enfin, sur le plan sécuritaire interne, cette décision rassure les acteurs locaux qui voyaient dans la libre circulation des troupes étrangères une potentielle menace pour la stabilité de la région.
Cette évolution intervient dans un contexte sécuritaire régional toujours volatile. Alors que l’Est de la RDC reste en proie à l’activité de nombreux groupes armés, la clarification des règles d’engagement et de présence des forces alliées est essentielle. Elle permet d’éviter les malentendus, les frictions et de garantir que les actions militaires se déroulent dans un cadre mutuellement accepté. Le renforcement des mesures de sécurité à la frontière RDC-Ouganda constitue ainsi un jalon important dans la réaffirmation de l’autorité de l’État et la recherche d’une stabilité durable pour les populations de l’Ituri.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
