Imaginez un fleuve étouffé par les actions de l’homme, ses voies respiratoires obstruées par des milliers de tonnes de sable et de gravats. C’est le triste sort qui frappe le chenal de Kingabwa à Kinshasa, une artère vitale pour l’écoulement des eaux du fleuve Congo. Mais un vent d’espoir semble se lever. Ce mardi 4 mars, les autorités ont officiellement lancé les opérations de désensablement et de réhabilitation de ce passage naturel, un chantier colossal attendu comme le remède aux inondations récurrentes qui frappent la capitale.
Une délégation de haut vol, menée par le vice-Premier ministre en charge des Transports, a constaté sur le terrain l’ampleur du désastre. Le ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba, le général Stasin Kizimu, commandant de la 14ᵉ région militaire, ainsi que les responsables de la Régie des voies fluviales (RVF), ont pu toucher du doigt les conséquences dramatiques d’un remblayage massif et illégal. Ce chenal, autrefois libre, est aujourd’hui asphyxié, perturbant profondément l’hydrologie locale.
Un scandale environnemental à ciel ouvert : 34 000 camions de sable illégal
Le chiffre donne le vertige et résume à lui seul l’ampleur du scandale. Plus de 34 000 camions de sable et de gravats auraient été déversés pour créer, de manière totalement illicite, des parcelles constructibles. « Les gens se sont amusés. C’est comme si l’État n’existait plus », a dénoncé avec véhémence le ministre Léon Mulumba, pointant du doigt un vaste système de corruption impliquant des agents fonciers véreux. « Ils ont corrompu le fleuve Congo pendant quatre ou cinq ans. Voilà, ils sont rattrapés par la force publique. » Ce remblayage sauvage est une véritable agression contre l’écosystème fluvial, une bombe à retardement qui explose à chaque saison des pluies sous forme d’inondations dévastatrices.
Navigation fluviale à l’arrêt : les ports de Kinshasa asséchés
Les conséquences de cette obstruction vont bien au-delà des simples débordements. La vie économique et logistique de Kinshasa en paie un lourd tribut. Le blocage du chenal a entraîné l’assèchement progressif de plusieurs ports essentiels à la navigation fluviale sur le Congo. « Malheureusement, ces ports se trouvent actuellement asséchés parce que le site a empêché la continuité du chenal », explique Cédric-Luc Tschumbu, directeur technique de la RVF. L’objectif du gouvernement est clair : « remettre le chenal de Kingabwa dans son fonctionnement normal ». La restauration de cet ouvrage n’est pas qu’une question de sécurité pour les riverains ; c’est une condition sine qua non pour redonner un souffle aux activités portuaires et au transport de marchandises, pilier de l’économie locale.
L’urgence de la réhabilitation : une course contre la montre avant les prochaines pluies
Face à cette urgence écologique et humanitaire, les travaux de désensablement sonnent comme une déclaration de guerre contre l’impunité et l’irresponsabilité. Pour les habitants des quartiers périphériques de Kingabwa, régulièrement les pieds dans l’eau, cette intervention arrive à point nommé. Elle porte l’espoir de mettre un terme au cycle infernal des dégâts matériels, des maisons inondées et des vies perturbées. La réhabilitation du chenal est un projet de salubrité publique, mais c’est aussi un impératif de justice sociale pour des populations trop souvent abandonnées à leur sort.
La réussite de ce chantier sera le véritable test. Elle devra prouver que l’État congolais est capable de reprendre le contrôle de son territoire et de protéger ses citoyens contre les dérives destructrices. La bataille pour le chenal de Kingabwa est emblématique : c’est celle de la préservation des équilibres naturels contre l’appât du gain immédiat, de l’intérêt général contre les intérêts privés cupides. Les Kinois attendent désormais des actes concrets. La nature, elle aussi, attend de retrouver son souffle.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
