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ANCE : Soutien à la MONUSCO et proposition d’une armée de réservistes pour l’Est

La rentrée politique de l’Alliance des Nationalistes pour un Congo Émergent (ANCE) n’a pas été un simple rituel de reprise. Elle s’est muée en une tribune où le parti, piloté par Norbert Basengezi, a dévoilé un positionnement stratégique à géométrie variable, mêlant soutien aux mécanismes internationaux et propositions de souveraineté renforcée. En exprimant sa satisfaction quant au déploiement de la MONUSCO à Uvira, l’ANCE adresse un signal clair : la stabilisation de l’Est, chef-lieu provisoire du Sud-Kivu, reste une priorité non négociable, même si le mandat de la mission onusienne est en cours de révision. Cette validation de la supervision des opérations de paix par les Casques bleus contraste-t-elle avec le discours de souveraineté nationale souvent agité sur la scène politique congolaise ?

Le secrétaire général du parti, Jacques Kabe, a ensuite réaffirmé avec force le soutien de sa formation au processus de Washington. Pour l’ANCE, ce cadre diplomatique n’est pas un simple protocole ; il est perçu comme le levier essentiel pour consolider les relations économiques entre Kinshasa et les États-Unis. Dans un contexte de concurrence géostratégique féroce pour les ressources de la RDC, ce positionnement pro-américain affiché dessine les contours d’un alignement dont les dividendes économiques restent à concrétiser. Le parti s’inscrit, selon ses dires, dans une “dynamique de paix” et soutient “tout processus susceptible de favoriser la stabilité et le développement”. Une déclaration d’intention large, qui pourrait aussi servir de garde-fou rhétorique pour justifier d’éventuels futurs revirements.

L’analyse politique se corse lorsque l’ANCE appelle à la mise en œuvre intégrale de la résolution 2773 de l’ONU. Cette résolution, qui condamne fermement l’offensive du M23 et, fait notable, les soutiens extérieurs rwandais dont bénéficierait le mouvement rebelle, place le parti sur le terrain miné de la diplomatie de pression. En brandissant ce texte, l’ANCE interpelle autant la communauté internationale que le gouvernement congolais : jusqu’où est-on prêt à aller pour traduire les condamnations onusiennes en actions coercitives contre Kigali ? Cette prise de position ferme sur le dossier sécuritaire de l’Est lui permet de cultiver une image de rigueur et de fermeté nationaliste, un capital politique toujours rentable en RDC.

Mais la proposition la plus marquante, et sans doute la plus révélatrice de la vision de l’ANCE, réside dans sa suggestion de former une armée de réservistes et de cadets. Le parti propose ni plus ni moins de repenser le vivier des forces de défense et de sécurité en y injectant, “dès le jeune âge”, un esprit patriotique et une culture de l’excellence. Cette idée d’une armée citoyenne et préformée vise-t-elle à pallier les défaillances structurelles des forces régulières ? S’agit-il d’une tentative de reprendre la main sur un récit national souvent accaparé par le pouvoir en place ? Cette proposition, si elle séduit par son ambition, soulève des questions pratiques colossales en matière de financement, de formation et de loyauté, dans un pays où les milices ont trop souvent complété, voire concurrencé, l’armée nationale.

L’ensemble de ces prises de position, énoncées lors d’une simple rentrée politique, dessinent les ambitions de l’ANCE d’incarner une force de proposition crédible. Le parti joue habilement sur plusieurs tableaux : le soutien aux instances internationales (ONU, processus américain) et la promotion d’une souveraineté militaire renforcée. Cette dualité est-elle le signe d’une stratégie pragmatique ou d’une ligne idéologique encore en gestation ? La crédibilité de ces propositions sera jugée à l’aune de leur reprise, ou non, dans le débat parlementaire et gouvernemental. En attendant, l’ANCE, par cette sortie, réussit le pari de se replacer au cœur de l’agenda sécuritaire et diplomatique, posant en rival sérieux sur des terrains où le pouvoir exécutif est sans cesse mis à l’épreuve. La balle est désormais dans le camp du gouvernement pour répondre, ou ignorer, ces pistes qui touchent à la fois à la paix régionale, aux alliances internationales et au cœur régalien de l’État.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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