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Kananga en péril : le ravin Kamuandu dévore maisons et vies, la société civile implore Kinshasa

À Kananga, chaque pluie qui tombe est synonyme de terreur pour les habitants vivant aux abords de l’avenue Kamuandu. « Nous dormons avec un œil ouvert, la peur au ventre que la terre ne s’ouvre encore et n’emporte nos dernières affaires, ou pire, nos enfants », confie, la voix tremblante, une mère de famille dont la maison n’est plus qu’à quelques mètres du gouffre béant. Ce ravin Kamuandu, véritable cicatrice à ciel ouvert, ne cesse de grandir, dévorant progressivement quartiers et vies, dans une indifférence qui révolte la population. La société civile Kasaï-Central lance aujourd’hui un cri d’alarme désespéré vers Kinshasa, face à l’érosion Kananga qui transforme un axe vital en piège mortel.

L’avenue Kamuandu dégradée n’est pas qu’une route défoncée ; c’est le cordon ombilical qui relie une partie de la ville au cimetière du même nom, le deuxième plus important de la province. Aujourd’hui, ce lien est rompu. La voie est totalement coupée, isolant des milliers de personnes et compliquant dramatiquement l’accès aux sépultures, un drame dans une société où le rapport aux ancêtres est sacré. Mais au-delà de l’isolement, c’est le bilan humain qui glace le sang. Plus de deux cents habitations ont déjà été englouties par les eaux, laissant des familles entières à la rue, dans un dénuement total. Et le pire est à venir : le ravin continue sa progression inexorable, fauchant des vies au passage. Récemment, une femme enceinte a péri dans l’effondrement, un drame qui a profondément traumatisé la communauté. Jusqu’où faudra-t-il que le ravin avance pour que les autorités se réveillent ?

Face à cette catastrophe, le gouvernement provincial semble dépassé, voire impuissant. La Société civile du peuple (SOCIP) pointe du doigt une « incapacité » structurelle, liée notamment à l’irrégularité des fonds de la rétrocession nationale. « Les moyens dont dispose la province sont une goutte d’eau face à l’océan de problèmes que représente ce ravin », analyse Emmanuel Iza Kabukapu wa Kasende, coordonnateur provincial de la SOCIP. Ne pouvant compter sur une réponse locale à la hauteur de l’urgence, la structure citoyenne a décidé de frapper à la porte du pouvoir central. Dans une correspondance officielle datée du 24 février, la SOCIP interpelle directement le Président de la République, la Première ministre, le ministre national des Infrastructures et Travaux Publics ainsi que les responsables de l’Office des voiries et drainage (OVD) et du BCECO. Le message est clair : il faut une action concertée et immédiate au plus haut niveau de l’État.

L’appel de la société civile est un ultime recours pour des habitants qui vivent au jour le jour avec l’angoisse. « Nous demandons une table ronde d’urgence pour débloquer les fonds et les compétences techniques nécessaires. Chaque minute perdue met en danger des vies humaines », insiste Emmanuel Iza Kabukapu. La situation illustre de façon criante le défi colossal que représente l’entretien des infrastructures routières RDC. Comment un pays aussi vaste et riche en ressources peut-il laisser ses villes se disloquer sous l’effet de l’érosion ? L’avenue Kamuandu est le triste symbole d’un abandon plus large, où le manque d’investissement dans les travaux publics et la prévention condamne des populations entières à la précarité et au danger.

Au-delà de l’urgence humanitaire, l’enjeu est profondément sociétal. La dégradation accélérée de ce quartier de Kananga pose la question de la résilience des villes congolaises face aux aléas climatiques et à une urbanisation souvent non maîtrisée. Elle interroge aussi la relation entre le citoyen et l’État : jusqu’à quand les populations devront-elles se débrouiller seules, face à des défis qui dépassent largement le cadre communautaire ? La réponse – ou l’absence de réponse – du gouvernement central à cet appel sera scrutée. Elle en dira long sur la priorité accordée à la sécurité et au bien-être des Congolais dans les provinces. Pour l’heure, à Kananga, les habitants guettent le ciel, espérant que la prochaine averse ne sera pas la dernière goutte qui fera tout basculer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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