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RDC : Samuel Mbemba exige des sanctions contre Kigali pour exactions du M23 à l’Est

Dans les couloirs feutrés des Nations Unies à Genève, le ministre congolais des Droits humains, Samuel Mbemba, a jeté un pavé dans la mare diplomatique. À l’issue du segment de haut niveau du Conseil des droits de l’homme, il a fermement plaidé pour l’adoption de sanctions ciblées contre le régime rwandais, qu’il tient pour directement responsable des exactions qui ensanglantent l’Est de la République démocratique du Congo. Une sortie remarquée qui place la communauté internationale face à ses responsabilités, dans un conflit où l’inaction est de plus en plus perçue comme une forme de complicité.

Le discours de Samuel Mbemba aux Nations Unies ne s’est pas contenté de dénoncer ; il a documenté. Appuyé par un rapport gouvernemental dévoilé à Kinshasa quelques jours plus tôt, le ministre a dressé un tableau d’une brutalité systémique. Les chiffres, glaçants, parlent d’eux-mêmes : une femme violée toutes les quatre minutes, plus de 17 000 atteintes à la vie et à l’intégrité physique recensées, et un bilan humain cataclysmique avec sept millions de personnes déracinées par les violences. Ces données ne sont pas de simples statistiques mais le reflet d’une stratégie de terreur visant à anéantir toute résistance et à asseoir un contrôle total sur les populations. Comment, dans ces conditions, continuer à parler de neutralité ? Pour le gouvernement congolais, le silence observé par certains acteurs internationaux équivaut à un blanc-sein donné à Kigali et à ses supplétifs du mouvement rebelle M23.

Parmi les révélations les plus marquantes de cette offensive diplomatique, l’accusation selon laquelle le M23, soutenu par Kigali, retiendrait en otage pas moins de 30 000 exploitants artisanaux dans la localité de Rubaya. À ces derniers, il serait imposé un quota de production individuelle de trois kilogrammes de coltan par jour. Cette pratique, qui confine à l’esclavage moderne, illustre la dimension économique et prédatrice du conflit dans l’Est de la RDC. Elle corrobore les conclusions du dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU, qui pointait du doigt l’extension de la campagne militaire du M23 dans le Nord et le Sud-Kivu, grâce au soutien logistique et militaire de la Force de défense rwandaise. L’objectif ? Contrôler les flux de minerais stratégiques. Selon les experts onusiens, le mouvement rebelle contrôle désormais près de la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu, ainsi que plus des deux tiers de celle de wolframite.

La manœuvre du M23, détaillée dans le rapport des Nations Unies, va au-delà du simple pillage. Le groupe chercherait à se positionner en « autorité de substitution » à l’État congolais dans les zones qu’il occupe depuis maintenant douze mois, notamment autour de Goma et Bukavu. Il y aurait établi des structures administratives, judiciaires et sécuritaires parallèles, empiétant ainsi sur les prérogatives régaliennes de Kinshasa. Cette institutionalisation de l’illégalité représente un défi d’une ampleur inédite pour la souveraineté de la RDC. Le gouvernement de Felix Tshisekedi joue donc gros dans cette bataille diplomatique. L’échec à obtenir un durcissement tangible des positions internationales, notamment sous forme de sanctions contre le Rwanda, pourrait fragiliser durablement sa crédibilité et laisser le champ libre à une annexation rampante de ses provinces orientales.

La prochaine étape de ce périple de sensibilisation conduira Samuel Mbemba devant les étudiants de l’Université Saint-Paul à Ottawa, ce week-end. Une étape cruciale pour mobiliser l’opinion publique et les décideurs dans un pays, le Canada, qui siège au Conseil de sécurité de l’ONU. La question qui se pose désormais est de savoir si cette stratégie de naming and shaming portera ses fruits. Les rapports accablants s’accumulent, tant du côté congolais que de celui des experts indépendants de l’ONU, documentant les violations des droits humains par le M23 et l’implication rwandaise. La balle est désormais dans le camp des capitales occidentales et des instances multilatérales. Vont-elles continuer à préférer une stabilité régionale factice, au prix de l’impunité, ou se résoudre à prendre des mesures coercitives pour faire respecter le droit international ? La réponse à cette question déterminera l’avenir de millions de Congolais et, in fine, la crédibilité même du système international de protection des droits humains.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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