Un conseil de sécurité élargi s’est tenu mercredi 25 février dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, sous la direction du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. Cette réunion s’inscrit dans le cadre d’une mission gouvernementale d’évaluation et d’accélération de la restauration de l’autorité de l’État. Objectif annoncé : rétablir pleinement la présence des institutions républicaines dans cette zone récemment secouée par des événements sécuritaires majeurs.
La situation à Uvira, chef-lieu provisoire de la province, demeure sous haute surveillance. Les discussions ont impliqué le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, afin d’établir un diagnostic précis des besoins. « Cela va nous permettre de rentrer à Kinshasa et de faire un rapport assez détaillé pour que, dans la suite, nous puissions, à travers le gouvernement, prendre en charge tous les besoins pour cette première étape », a déclaré Jacquemain Shabani. Cette déclaration souligne la volonté affichée de passer du diagnostic à l’action concrète.
La mission gouvernementale au Sud-Kivu ne se limite pas à un simple état des lieux sécuritaire. Elle porte une dimension humanitaire cruciale : l’organisation du retour des populations déplacées. Suite à l’occupation de la ville par la rébellion de l’AFC-M23, soutenue selon les autorités congolaises par le Rwanda, des milliers de civils ont trouvé refuge au Burundi voisin. Leur retour sécurisé et digne constitue un pilier essentiel de la normalisation. Comment reconstruire la confiance si les habitants ne peuvent réintégrer leurs foyers ?
« Le Gouvernement est en train aussi d’organiser le retour de cette population, mais la restauration de l’autorité de l’État se vit aussi principalement par le retour des institutions de la République. Il faut que chaque responsable reprenne son poste et ses charges au bénéfice de la population », a insisté le vice-Premier ministre. Cette phrase résume le double défi : le retour physique des personnes et le rétablissement fonctionnel de l’administration. L’un ne va pas sans l’autre pour une stabilisation durable.
Dans un geste symbolique et pratique fort, la délégation gouvernementale a procédé à la réouverture officielle de la frontière terrestre entre la RDC et le Burundi. Cette cérémonie s’est déroulée en présence de la ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité, Ève Bazaiba, et du ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni. La frontière RDC Burundi rouverte marque une étape significative vers la reprise des évements économiques et sociaux normaux, après une période de fermeture et de tensions.
La réouverture de ce point de passage est un signal politique clair adressé tant aux populations qu’aux partenaires régionaux. Elle facilite mécaniquement le processus de retour des réfugiés et doit permettre de relancer une économie locale transfrontalière mise à mal. La présence de plusieurs membres du gouvernement souligne l’importance stratégique attribuée à cette région. La frontière n’est plus une ligne de fracture mais doit redevenir un trait d’union, sous le contrôle retrouvé de l’État congolais.
Les discussions du conseil sécurité Uvira ont donc porté sur un spectre large, allant de la sécurité immédiate à la reconstruction socio-économique à moyen terme. La mission gouvernementale Sud-Kivu semble adopter une approche intégrée, reconnaissant que la stabilité ne se décrète pas uniquement par les armes. Elle se construit par la restauration des services publics, la relance des activités et le retour de la confiance des citoyens envers leurs institutions. Le succès de cette initiative sera scruté à la fois par les habitants d’Uvira et par la communauté internationale.
Le bilan de cette journée intense reste pour l’instant déclaratif. Les promesses de Kinshasa devront maintenant se traduire en actions tangibles sur le terrain : déploiement effectif des forces de sécurité et de l’administration, programmes d’aide au retour et de réinsertion pour les réfugiés, soutien économique aux communautés affectées. La restauration autorité État RDC dans l’Est du pays est un chantier complexe et de longue haleine. La visite d’une délégation de haut niveau est un premier pas nécessaire, mais insuffisant si elle n’est pas suivie d’un engagement soutenu et de ressources adéquates.
La suite des opérations dépendra du rapport détaillé que Jacquemain Shabani a promis de remettre au gouvernement central. Ce document devra identifier les priorités et chiffrer les besoins. La réponse de Kinshasa sera le véritable test de la volonté politique. Entre-temps, la population d’Uvira et du Sud-Kivu observe, espère, mais attend des preuves concrètes que la paix et l’autorité de l’État sont de retour pour de bon. La réouverture de la frontière est un bon signe, mais elle ne doit être que le prélude à une normalisation complète de la vie dans cette région meurtrie.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
