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Enfants des rues Bukavu : 13 000 mineurs livrés à eux-mêmes entre pauvreté et sorcellerie

La nuit tombe sur Bukavu, et avec elle, le froid et la peur. Dans l’ombre d’un marché déserté, Eric*, 12 ans, serre contre lui un sac en plastique contenant ses seules possessions. Comme près de 13 000 autres mineurs dans la capitale du Sud-Kivu, il a fait de la rue son domicile, son terrain de jeu et son champ de bataille pour la survie. « Mes parents ont divorcé, mon père a refait sa vie et ma mère ne pouvait plus me nourrir », confie-t-il d’une voix à peine audible, le regard fuyant. Son histoire, hélas, n’est pas unique. Une enquête récente vient jeter une lumière crue sur ce drame silencieux qui mine la société congolaise.

Menée entre le 5 janvier et le 10 février 2026 par l’ASBL Bloc Citoyen Amani, cette enquête enfants rues Sud-Kivu révèle l’ampleur vertigineuse du phénomène. Les chiffres sont glaçants : 13 000 âmes en errance, soit l’équivalent de la population d’une petite ville, grandissent sans toit, sans école, sans protection. Comment une province aussi riche en ressources humaines et naturelles en est-elle arrivée là ? La réponse se niche dans les fractures les plus profondes du tissu social. Selon le rapport, la dislocation familiale est le principal moteur de cet exode urbain, concernant 60 % des enfants des rues Bukavu. Les séparations conflictuelles laissent souvent les enfants en rade, ballottés entre des familles recomposées qui n’ont ni la place, ni les moyens, ni parfois la volonté de les accueillir.

Mais derrière les divorces, deux autres monstres rôdent. Le premier a un visage familier : la pauvreté extrême enfants Congo. Dans un contexte économique étouffant, des parents, à bout de ressources, se voient contraints de laisser leurs enfants chercher leur pitance sur les trottoirs. Le deuxième monstre est plus insidieux, ancré dans les croyances et la peur : les accusations de sorcellerie enfants RDC. Stigmatisés, battus, chassés du foyer familial, ces enfants « accusés » trouvent dans la rue un refuge aussi dangereux que leur propre maison. « On m’a dit que je portais malheur, que j’étais un sorcier. Ma propre tante m’a mis à la porte », raconte Jean*, 10 ans, les bras marqués de cicatrices. Ces récits déchirants dessinent les contours d’une société en perte de repères, où l’enfant devient le bouc émissaire de tous les malheurs.

Le conflit armé qui ensanglante l’Est de la République Démocratique du Congo ajoute une couche de complexité paradoxale à cette crise. Étrangement, le nombre d’enfants dans les rues aurait légèrement diminué depuis l’escalade des violences. La peur d’être enrôlés de force par les groupes armés pousserait certains à se cacher, à regagner des familles ou à fuir les grands axes. Pour autant, les enquêteurs de l’ASBL Bloc Citoyen Amani tirent la sonnette d’alarme : cette situation n’est qu’une « bombe à retardement ». Des milliers de jeunes, abandonnés à eux-mêmes, sans éducation ni perspectives, constituent un terreau fertile pour la criminalité, l’exploitation et la radicalisation. La guerre, en détruisant les filets de sécurité sociaux, a accru la vulnérabilité de tous.

Le système de protection sociale, à bout de souffle, peine en effet à endiguer le flot. La guerre a porté un coup dévastateur aux infrastructures d’encadrement. De nombreux centres de réinsertion et de formation professionnelle ont dû fermer, faute de moyens ou pour des questions de sécurité. Aujourd’hui, à Bukavu, le centre Ek’abana fait figure d’exception, mais son action, aussi louable soit-elle, se concentre uniquement sur les enfants accusés de sorcellerie. Qu’en est-il des milliers d’autres, exclus par la misère ou les ruptures familiales ? Les perspectives de réintégration restent un mirage lointain. Comment construire l’avenir d’une nation lorsque sa jeunesse la plus fragile grandit dans le dénuement le plus total ?

L’objectif « zéro enfant dans la rue » porté par l’ASBL Bloc Citoyen Amani semble, dans ce contexte, un défi herculéen. Il appelle une réponse qui dépasse l’humanitaire d’urgence. Il exige une mobilisation collective, structurelle et courageuse : renforcement de la médiation familiale, lutte contre la précarité économique, campagnes de sensibilisation pour combattre les préjugés liés à la sorcellerie, et surtout, réinvestissement massif dans l’éducation et la protection de l’enfance. Les enfants des rues de Bukavu ne sont pas un problème marginal ; ils sont le symptôme d’un malaise profond et le miroir brisé de nos priorités en tant que société. Leur avenir, ou leur absence d’avenir, déterminera aussi celui de toute la région. La rue ne doit pas être une fatalité congolaise.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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