Une onde de choc traverse le secteur énergétique congolais. Depuis ce lundi 23 février, la Direction générale des recettes du Kasaï (DGRKAS) a procédé à la mise sous scellés de tous les services de l’Électricité du Congo (EDC) dans la province. Cette décision radicale, symptôme d’une tension fiscale croissante, vise à contraindre la régie publique à s’acquitter d’une dette fiscale EDC colossale, évaluée à 52,4 milliards de francs congolais, soit environ 22,5 millions de dollars américains. Comment une entreprise vitale pour le développement économique peut-elle se trouver paralysée par ses propres obligations financières ? Cette situation inédite met en lumière les défis persistants de la gouvernance des entreprises publiques et la ferme volonté des administrations provinciales de sécuriser leurs recettes publiques RDC.
Le contentieux qui a conduit à cette mesure coercitive trouve sa source dans le non-paiement répété des taxes provinciales Kasaï par l’EDC. Selon la directrice générale de la DGRKAS, Brigitte Issaka, l’entreprise publique aurait accumulé des arriérés sur plusieurs exercices, de 2021 à 2025. Les postes de dépenses contestés sont précis : il s’agit principalement des droits d’implantation des cabines électriques de moyenne et basse tension, ainsi que de la redevance liée à l’exploitation des ressources énergétiques sur le territoire provincial. Le montant principal de la créance s’élève à 36,7 milliards de francs congolais (15,7 millions USD), auquel viennent s’ajouter des pénalités de retard avoisinant les 15,7 milliards de francs. Cette accumulation traduit-elle une négligence managériale ou une réelle difficulté de trésorerie pour l’opérateur historique ?
Cette action musclée de la DGRKAS ne constitue pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une campagne plus large de contrôles et de renforcement de la mobilisation des ressources financières provinciales. Pour les autorités fiscales du Kasaï, il s’agit d’un impératif catégorique. « Le renflouement du trésor public provincial est une priorité absolue pour financer les infrastructures et les services sociaux », pourrait expliquer un expert économique local sous couvert d’anonymat. La fermeté affichée vise ainsi à envoyer un signal fort à toutes les grandes entreprises, publiques comme privées, opérant dans la province : le paiement des impôts et taxes n’est plus négociable. Cette stratégie de recouvrement forcé DGRKAS devient l’instrument privilégié pour assainir les finances locales.
Les conséquences immédiates de cette mise sous scellés EDC sont lourdes de sens pour l’économie réelle. Bien que les services essentiels de distribution d’électricité semblent, pour l’heure, épargnés pour éviter un tollé social, l’administration et la gestion courante de l’entreprise sont sévèrement perturbées. Cette paralysie administrative risque de retarder des projets d’extension de réseau, d’entretien des infrastructures et, in fine, de pénaliser la qualité du service aux abonnés, particuliers comme industriels. Dans une province en quête d’industrialisation, une énergie fiable et accessible est le carburant de la croissance. La confrontation entre le percepteur et le fournisseur d’énergie crée donc une double pénalité : financière pour l’État et opérationnelle pour l’économie.
Face à cette pression, l’EDC est sommée de réagir rapidement. L’ultimatum est clair : régulariser la situation ou faire face à une procédure de recouvrement forcé implacable, pouvant aller jusqu’à la saisie de ses actifs. Cette perspective place la direction nationale de l’entreprise dans une position délicate. Doit-elle puiser dans ses réserves, déjà maigres, pour apurer cette dette provinciale spécifique ? Ou faut-il y voir le symptôme d’un problème structurel de financement des entreprises publiques, souvent tiraillées entre des missions de service public et l’impératif de rentabilité ? La résolution de ce conflit sera un test crucial pour la coordination financière entre l’État central et les entités provinciales, dans un contexte de décentralisation encore perfectible.
À plus long terme, cet épisode pourrait marquer un tournant dans la gestion des recettes publiques RDC. Si l’efficacité de la mesure coercitive reste à prouver – le paiement de la dette n’étant pas encore effectif –, elle démontre une volonté politique de moralisation de la vie économique. Pour les investisseurs, un cadre fiscal clair et appliqué avec rigueur est un gage de sécurité. Toutefois, l’équilibre est subtil : une pression fiscale trop brutale sur des entreprises stratégiques comme l’EDC pourrait, à l’inverse, étouffer leur capacité d’investissement et de modernisation. L’enjeu pour le Kasaï, et par extension pour la RDC, est de trouver le point d’équilibre entre la nécessaire contribution des opérateurs économiques aux finances publiques et la préservation de leur santé économique, garante du développement national.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
