Le général de brigade zambien Charles Simuyuni Nakeempa, commandant du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (MCVE+), a posé le pied à Goma ce mercredi 25 février. Cette arrivée marque sa première visite sur le terrain depuis sa désignation à la tête de cet organe crucial de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Elle intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu, où les hostilités entre les forces gouvernementales congolaises et la rébellion de l’AFC/M23 se poursuivent sans relâche sur plusieurs fronts du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Accompagné d’une délégation de cinq membres du MCVE+, le général zambien a entamé une série de consultations visant à redynamiser le mécanisme de suivi du cessez-le-feu. La Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a réaffirmé son soutien aux activités connexes. Selon des sources onusiennes, le plan d’action 2026 du MCVE+, désormais finalisé, sera partagé avec la MONUSCO pour une coordination renforcée. Cette collaboration s’inscrit dans le cadre de la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité, qui proroge le mandat de la mission et l’autorise à appuyer la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent dans l’Est du Congo.
Parallèlement, une initiative conjointe de grande ampleur a été annoncée. La MONUSCO et la CIRGL déploient une mission d’évaluation exploratoire et préliminaire à Uvira, dans le Sud-Kivu, du 23 au 27 février 2026. Cette décision fait suite à des consultations directes avec le Président de la RDC et Président en exercice de la CIRGL, Félix Tshisekedi. L’objectif opérationnel est clair : évaluer les conditions sur le terrain pour garantir la crédibilité, la sécurité et la faisabilité du futur mécanisme conjoint de suivi du cessez-le-feu. Cette mission MONUSCO CIRGL constitue un prélude essentiel au déploiement effectif des observateurs.
Sur place, l’équipe conjointe mènera une analyse approfondie des paramètres politiques, sécuritaires, logistiques et socio-environnementaux. L’accessibilité des zones, les garanties de sécurité et les besoins en matière d’engagement seront passés au crible. Il s’agit d’une phase exploratoire ; la configuration définitive du déploiement sera déterminée par les conclusions de cette évaluation. Cette approche méthodique vise à éviter les écueils du passé et à poser les bases d’une surveillance efficace.
Cependant, le chemin vers une paix durable dans l’Est Congo reste semé d’embûches. Le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, signé à Doha le 14 octobre 2025 par les délégations gouvernementale et rebelle, peine à être opérationnel. Son fonctionnement repose largement sur le MCVE+ de la CIRGL, actuellement au ralenti. La tâche du nouveau commandant, le général zambien, est donc titanesque : redonner vie à ce dispositif pour permettre une vérification crédible des engagements pris. La crédibilité des processus de paix en cours en dépend directement.
Conformément à l’Accord-cadre de Doha pour une paix globale, signé le 15 novembre 2025, le MCVE+ a été spécifiquement mis en place pour soutenir le cessez-le-feu. La résolution 2808 mandate explicitement la MONUSCO pour appuyer ce mécanisme. Cet appui technique et logistique est considéré comme vital pour briser le cycle de violence qui frappe la région depuis des décennies. La communauté internationale attend des actes concrets et une coordination sans faille entre tous les acteurs.
Cette séquence diplomatique et opérationnelle intervient après une série de visites de haut niveau. La cheffe par intérim de la MONUSCO s’est récemment rendue dans l’Est pour échanger avec les autorités de la rébellion AFC/M23. De son côté, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, a réaffirmé à Kinshasa la détermination de l’ONU à jouer pleinement son rôle. Ces mouvements illustrent la volonté de relancer une dynamique de paix, malgré la complexité du conflit AFC/M23 et la défiance persistante sur le terrain.
En définitive, l’arrivée du général zambien à Goma et le déploiement de la mission à Uvira symbolisent un nouvel effort pour instaurer une trêve durable. Les populations de l’Est de la RDC, épuisées par des années de conflit, attendent avec impatience des signes tangibles de progrès. La réussite de ces initiatives dépendra de la capacité des parties belligérantes à respecter leurs engagements, mais aussi de l’efficacité et de la neutralité des mécanismes de vérification. L’espoir d’une paix Est Congo renaît, mais il reste fragile et conditionné à une application stricte des accords.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
