Une fois de plus, les eaux se déchaînent dans l’est de la République Démocratique du Congo. Ce dimanche 22 février, la rivière Lubichako, habituellement paisible, a rompu ses digues dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, transformant le quotidien de centaines de familles en un cauchemar aquatique. Plus de 150 maisons ont été submergées ou gravement endommagées, laissant un paysage de désolation dans l’aire de santé de Lubichako. Cette catastrophe naturelle en RDC n’est malheureusement pas un événement isolé, mais le symptôme d’une vulnérabilité croissante face aux caprices du climat.
Le bilan est lourd et le traumatisme, profond. Selon l’Initiative des Femmes Autochtones Pygmées pour la Paix et le Développement Endogène (IFAPPDE), ce sont environ 155 habitations qui ont été brutalement envahies par les flots boueux dans le village éponyme. Les dégâts matériels sont considérables, mais le drame le plus poignant est humain. Plus de 150 familles se retrouvent aujourd’hui sans toit, contraintes de passer la nuit à la belle étoile, ayant tout perdu dans la furie des eaux. Leurs biens, leurs souvenirs, leur sécurité, tout a été emporté en un instant. Comment une communauté peut-elle se relever après un tel choc ?
L’impact de ce débordement de la rivière Lubichako dépasse les seules habitations. Des infrastructures vitales ont cédé sous la pression. Les ponts reliant les localités de Misisi et Nyange, véritables artères pour les échanges et les déplacements, se sont effondrés, isolant davantage des populations déjà en détresse. Le récit de l’abbé Kilima Lukube Ladislas, de la paroisse de Misisi, est particulièrement symbolique : la célébration eucharistique a dû être interrompue, les fidèles renvoyés chez eux par la montée des eaux. La catastrophe n’a épargné ni le sacré, ni le quotidien.
Cette inondation à Fizi, Sud-Kivu, survient dans un contexte déjà tendu. Quelques jours seulement auparavant, le centre de Fizi était frappé par des intempéries similaires, laissant derrière lui son lot de dégâts. Cette répétition d’événements extrêmes interroge. Sommes-nous face à une simple fatalité météorologique ou aux conséquences visibles de dérèglements plus profonds ? La déforestation, l’érosion des sols et les changements climatiques rendent les cours d’eau plus imprévisibles et violents. Les bassins versants, dépourvus de leur couverture végétale protectrice, ne peuvent plus jouer leur rôle d’éponge, transformant chaque pluie forte en menace mortelle.
Les conséquences de ces maisons inondées au Congo sont immédiates et alarmantes. Outre le dénuement total des familles sinistrées, le risque sanitaire est majeur. L’aire de santé de Lubichako, déjà fragile, pourrait voir émerger des épidémies liées à l’eau contaminée. La famine guette également, les cultures et les réserves alimentaires ayant souvent été détruites. L’IFAPPDE lance un cri d’alarme : une assistance urgente est nécessaire pour sauver des vies et prévenir une crise humanitaire à grande échelle. Sans une intervention rapide en termes d’abris, de nourriture, d’eau potable et de soins médicaux, la situation pourrait basculer dans l’irréparable.
Face à cette urgence, la solidarité nationale et internationale doit se mobiliser. Mais au-delà de l’aide d’urgence, ne faut-il pas aussi penser à la résilience ? La prévention des catastrophes naturelles en RDC passe par des investissements dans des infrastructures adaptées, la restauration des écosystèmes et des systèmes d’alerte précoce efficaces. Protéger les forêts du bassin du Congo, c’est aussi protéger les populations riveraines de ces rivières devenues furieuses.
Les inondations de la Lubichako sont un signal d’alarme qui ne doit pas être ignoré. Elles nous rappellent la vulnérabilité des communautés les plus pauvres face aux chocs environnementaux et l’impérieuse nécessité d’agir, sur le plan humanitaire pour aujourd’hui, et sur le plan écologique pour demain. La vie reprendra-t-elle son cours sur les berges de la Lubichako, ou ces paysages meurtris deviendront-ils le triste symbole d’une nouvelle normalité climatique ? La réponse dépend des actions que nous engageons maintenant.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
