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Urgence sanitaire à Shabunda : Le manque de soins tue des femmes enceintes

La mortalité maternelle frappe de nouveau avec une brutalité saisissante dans la province du Sud-Kivu. Depuis le début du mois de février, au moins quatre femmes enceintes ont perdu la vie dans les villages reculés de Luyeye et Nzovu, dans le territoire de Shabunda. Cette tragédie n’est pas une fatalité, mais le résultat direct d’un manque criant de structures médicales et d’une crise des produits pharmaceutiques qui plonge des communautés entières dans la détresse.

Imaginez un instant être une femme sur le point d’accoucher, ressentant les premières contractions, et savoir que l’hôpital le plus proche se trouve à plus de 45 kilomètres. C’est la réalité quotidienne des habitantes de cette partie de la RDC. Les seuls établissements de santé fonctionnels sont concentrés à Kigulube, une localité située à plus de 60 kilomètres de certains villages. Cette distance, insurmontable pour une femme en travail, se transforme trop souvent en chemin de croix fatal.

Les témoignages recueillis sur place dressent un tableau alarmant. « Localement, nous avons déjà enregistré près de 6 morts. Les unes sont mortes en chemin alors qu’elles se rendaient à l’hôpital et d’autres dans leurs domiciles par manque de médicaments », confie, le cœur lourd, un habitant de Kigulube. Ce chiffre, bien que non officiellement consolidé, illustre l’ampleur d’une crise sanitaire qui mine silencieusement la région. Le drame est double : l’éloignement géographique et la pénurie de ressources médicales de base.

À Nzovu et Luyeye, les quelques centres de santé existants sont en grande difficulté, manquant de tout, du personnel aux fournitures essentielles. « Pour leur accouchement, les femmes enceintes se rendent à l’hôpital de Kigulube, situé à près de 45 kilomètres, une très longue distance pour les femmes enceintes et ce qui cause leur décès », explique un résident de Nzovu. Cette situation crée un cercle vicieux infernal où la simple perspective de devenir mère est associée à un risque mortel.

La société civile de Shabunda tire la sonnette d’alarme. Isaac Kilunga, son président, ne mâche pas ses mots pour décrire une crise aux multiples facettes. « Il y a une crise des produits pharmaceutiques dans les petites structures médicales sur l’axe Nzovu. Il n’y a pas de médicaments, certains membres du personnel soignant se sont déplacés », déplore-t-il. Cette carence en personnel et en matériel vide de sa substance le droit fondamental à la santé. Le constat est sans appel : le système de santé est exsangue, laissant des populations entières en proie à la fatalité.

L’urgence ne se limite pas aux deux villages cités. Plusieurs autres localités de la chefferie de Bamukuba Sud à Shabunda, comme Luyuyu, Katusi, Lugulu et Nzovu Centre, sont touchées par le même isolement médical. Cette carte de la détresse soulève une question cruciale : comment en est-on arrivé là ? La combinaison de l’enclavement, du sous-investissement chronique dans les infrastructures de santé et de la fuite des compétences médicales vers des zones plus urbaines ou plus stables a créé un désert sanitaire.

Que faire face à cette tragédie évitable ? La solution passe nécessairement par un investissement urgent et ciblé. Il est impératif de réhabiliter et d’équiper les centres de santé de proximité, d’y assurer un approvisionnement régulier en médicaments essentiels, notamment ceux liés à la santé maternelle et néonatale, et d’y redéployer du personnel qualifié. La mise en place d’un système d’ambulance communautaire ou de moto-ambulances pourrait aussi sauver des vies en réduisant le temps d’évacuation vers l’hôpital de Kigulube.

La prévention est l’autre pilier. Renforcer les programmes de suivi de grossesse dans les villages, former des accoucheuses traditionnelles aux gestes qui sauvent et sensibiliser les communautés aux signes de danger pendant la grossesse sont des mesures qui ont fait leurs preuves ailleurs. Chaque femme devrait pouvoir bénéficier d’au moins quatre consultations prénatales, un standard minimal loin d’être atteint dans ces zones.

L’actualité de Shabunda doit servir de électrochoc. Ces décès ne sont pas de simples statistiques, mais des drames humains qui auraient pu être évités. Ils rappellent avec force que l’accès aux soins de santé primaire, et en particulier aux soins obstétricaux d’urgence, reste un privilège inaccessible pour de nombreuses Congolaises. La résolution de cette crise sanitaire dans le Sud-Kivu n’est pas seulement une question de moyens, c’est une question de volonté politique et de priorité humaine. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action concrète pour que plus aucune femme ne meure en donnant la vie.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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