Le sport congolais est en deuil. Une nouvelle lourde de conséquences a frappé ce samedi 21 février : Barthélémy Okito, l’ancien secrétaire général aux Sports de la RDC, a tiré sa révérence. Victime d’une crise d’hypertension, l’homme qui a marqué de son empreinte l’administration sportive nationale s’en est allé, laissant un vide immense et un héritage colossal. À qui devra-t-on désormais rappeler l’importance des infrastructures et de la formation de base ?
Son parcours, c’est celui d’un marathonien de l’administration publique. Près de trois décennies au service de l’État ! Avant de prendre les rênes du sport congolais, Barthélémy Okito a forgé son expérience au Secrétariat général à la Reconstruction, puis au Développement rural. Treize années à la tête du Secrétariat général aux Sports, treize années à construire, planifier et structurer. Son mandat reste gravé dans la mémoire collective par deux exploits majeurs des Léopards : les sacres continentaux au CHAN 2009 et au CHAN 2016. Des victoires qui ont fait vibrer toute une nation et qui sont l’illustration parfaite de son credo : le succès est toujours le fruit d’un travail d’équipe.
Mais Barthélémy Okito était bien plus qu’un simple administrateur. C’était un visionnaire, un bâtisseur convaincu. Dans une interview mémorable accordée à Radio Okapi en 2023, il martelait une conviction profonde : « La RDC est un pays des sports ». Pour lui, l’avenir passait impérativement par l’investissement massif dans des infrastructures sportives modernes dans chaque province. Une politique nationale ambitieuse était, à ses yeux, le seul chemin vers l’excellence. Il déplorait avec amertume la disparition de la formation de base, cette pépinière qui, « à son époque », faisait éclore les talents dans les écoles à travers les catégories minimes, cadets et juniors. « Aujourd’hui, tout est devenu une génération spontanée », regrettait-il, pointant du doigt l’effritement des filières dans des disciplines reines comme le football, le judo ou le basketball.
L’homme était un véritable couteau suisse, une personnalité aux multiples facettes. Qui aurait pu imaginer que ce secrétaire général aux Sports RDC était aussi un judoka aguerri, un footballeur passionné et même un musicien amateur ? Son parcours est une odyssée hors du commun : technicien minier de formation (alors qu’il rêvait d’aménagement du territoire), enseignant universitaire à Kisangani, député provincial… Il racontait avec humour comment le destin le menait souvent à contre-courant, mais ajoutait : « Je me suis toujours battu pour servir ». Son engagement remontait à la rue, dans les quartiers populaires de Kinshasa, où jeune judoka et jiu-jitsuka, il se battait déjà pour protéger les siens contre le banditisme aux côtés du père Bufalo.
Son influence ne s’est pas limitée aux bureaux de Kinshasa. Elle a irradié le pays tout entier. Président du cercle sportif de Dilolo, vice-président de la ligue de football de Kisangani, dirigeant et formateur dans plusieurs clubs… Barthélémy Okito avait les deux pieds sur le terrain. Cet ancien responsable sport a semé des graines un peu partout, formant et inspirant des générations de dirigeants, d’athlètes et de cadres administratifs.
Que reste-t-il de l’héritage de Barthélémy Okito ? Un bilan immense. Il laisse derrière lui le souvenir d’un homme rigoureux, passionné et profondément attaché à son pays. Son nom est indissociable des deux titres du CHAN 2016 et du CHAN 2009, mais surtout d’une philosophie claire et intransigeante. Pour lui, la reconstruction du sport congolais devait reposer sur un triptyque inébranlable : une formation structurée dès le plus jeune âge, des infrastructures dignes de ce nom, et une discipline administrative de fer. Alors que la RDC pleure un de ses pionniers, une question subsiste : sa vision ambitieuse sera-t-elle reprise et amplifiée, ou finira-t-elle par rejoindre les archives d’un âge d’or révolu ? Le défi est désormais lancé à ses successeurs. Le dernier coup de sifflet de Barthélémy Okito résonne comme un appel à poursuivre le match pour la grandeur du sport national.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
