Une embuscade ciblant un convoi humanitaire a une nouvelle fois ensanglanté le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Mercredi 18 février, des hommes armés non identifiés ont attaqué un convoi de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la localité de Matin ya moto, en plein cœur du parc national des Virunga. Cette attaque contre une mission médicale souligne la détérioration alarmante de la sécurité sur les axes humanitaires de cette région en proie à une violence chronique.
L’incident s’est produit alors que le convoi acheminait des fournitures médicales essentielles destinées à soutenir les activités dans la zone de santé de Kibirizi, située dans la chefferie de Bwito. Selon les premiers éléments, les assaillants ont utilisé la force pour s’emparer d’effets personnels appartenant au personnel humanitaire présent. Les membres de l’équipe ont subi des intimidations physiques directes. L’un d’entre eux a même été blessé, bien que ses blessures aient été qualifiées de légères. Un bilan immédiat a permis de confirmer que tous les agents sont actuellement en sécurité et ont été comptabilisés, évitant ainsi une tragédie plus grave.
Face à cette agression, MSF a tenu à clarifier un point crucial : les équipements et les fournitures médicales, objet principal de la mission, sont restés sécurisés. Ils ont pu être livrés avec succès à leur destination finale à Kibirizi. Cette précision est fondamentale. Elle démontre que malgré la violence de l’attaque, la chaîne logistique humanitaire a pu être maintenue, permettant ainsi la continuité des soins vitaux pour les populations vulnérables de la zone. Cependant, cette résilience opérationnelle ne doit pas occulter la gravité de l’événement.
L’embuscade n’a pas uniquement visé le convoi humanitaire. D’autres usagers civils empruntant le même itinéraire ont également été pris pour cible. Des sources locales rapportent que plusieurs personnes ont été affectées et dépouillées de leurs biens par les mêmes groupes armés. Cette méthode, qui consiste à bloquer une route pour attaquer indistinctement tout ce qui passe, crée un climat de terreur généralisé et paralyse la libre circulation, essentielle à la vie économique et sociale des communautés.
Dans une déclaration rendue publique, MSF a réaffirmé avec fermeté son engagement à soutenir les populations dans le besoin, malgré l’insécurité persistante qui mine la région du Nord-Kivu. L’organisation a lancé un appel solennel à la préservation de l’espace humanitaire, un prérequis absolu pour l’accomplissement de sa mission médicale neutre et impartiale. « Comment les humanitaires peuvent-ils travailler si leur sécurité n’est pas garantie ? », s’interrogent certains observateurs. Cet appel résonne comme un cri d’alarme dans un contexte où les actes d’hostilité envers les travailleurs humanitaires se multiplient.
Les acteurs de la société civile à Rutshuru ne sont pas surpris par cet événement. Ils indiquent que ce type d’incident est devenu de plus en plus récurrent sur cet axe routier stratégique, pourtant vital pour le ravitaillement de plusieurs zones enclavées. La route traversant le parc des Virunga est régulièrement le théâtre d’attaques, de braquages et d’enlèvements, plongeant les habitants dans une insécurité permanente. La porosité sécuritaire et la présence de multiples groupes armés font de ce corridor un point noir de la violence au Nord-Kivu.
Cette attaque contre le convoi MSF ne constitue malheureusement pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une séquence inquiétante d’attaques humanitaires. À peine quelques semaines auparavant, le 1er février dernier, un convoi de voyageurs en provenance du territoire de Rutshuru et à destination de la ville de Butembo avait été la cible d’une attaque armée sur le tronçon Rwindi–Kanyabayonga. Cet incident, survenu aux environs de 15 heures locales, avait vu plusieurs véhicules et motos tomber dans une embuscade tendue par des hommes armés non identifiés. Il est significatif de noter que cette attaque avait eu lieu dans une zone alors sous le contrôle des rebelles de l’AFC/M23, soulevant des questions sur le contrôle effectif des territoires et la responsabilité des différents acteurs.
La répétition de ces actes de violence à Rutshuru et aux alentours du parc des Virunga pose une question centrale : qui sont les auteurs de ces attaques et quelle est leur motivation ? S’agit-il de bandes criminelles cherchant un butin facile, de groupes armés cherchant à marquer leur territoire, ou d’une stratégie délibérée pour asphyxier l’aide humanitaire dans certaines zones ? L’absence d’identification claire des assaillants dans la majorité des cas complique considérablement la réponse des autorités et la mise en place de mesures de protection adaptées.
Les conséquences de cette insécurité rampante sont multiples. Au-delà du risque direct pour les vies humaines, elles compromettent l’accès aux soins de santé pour des milliers de personnes. Les organisations humanitaires comme MSF sont contraintes de réévaluer en permanence leurs protocoles de sécurité, ce qui peut retarder ou complexifier la livraison de l’aide. Finalement, ce sont les populations civiles, déjà éprouvées par des années de conflit, qui paient le prix le plus lourd de cette violence.
L’attaque du convoi MSF à Matin ya moto sonne comme un rappel brutal des défis colossaux auxquels fait face la région du Nord-Kivu. Elle met en lumière la vulnérabilité extrême des acteurs humanitaires et des civils sur des axes pourtant cruciaux pour leur survie. Tant que la spirale de la violence à Rutshuru et dans le parc des Virunga ne sera pas brisée, de tels drames risquent de se reproduire, érodant un peu plus l’espoir et la résilience des communautés locales.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
