Une violence inouïe a secoué ce mercredi 18 février le centre médical Catherine et Prosper, à Kisangani, dans la province de la Tshopo. Un patient, un taximan d’une trentaine d’années, a perdu la vie après avoir été sauvagement battu par un militaire au sein même de l’établissement de soins. Les circonstances de ce drame plongent la ville dans l’émoi et interrogent une nouvelle fois sur les dérives de certains éléments des forces armées.
Comment une telle situation a-t-elle pu se produire dans un lieu dédié à la guérison ? Tout a débuté par un banal service de transport. Lundi dernier, le taximan-moto avait pris à bord le frère de son futur agresseur, lui aussi militaire. Au cours de leur trajet, vers 22 heures, les deux hommes sont victimes d’un accident de circulation dans les rues de Kisangani. Les deux individus sont blessés, mais le passager militaire est, selon les responsables du centre médical Catherine et Prosper, plongé dans le coma. Le taximan, quant à lui, est hospitalisé pour ses propres blessures.
Informé de l’état critique de son frère, le militaire agresseur se présente au centre médical, mardi. Sa première intention est claire : s’en prendre au chauffeur qu’il tient pour responsable de l’accident. Une première altercation est évitée de justesse grâce à l’intervention de deux autres militaires commis à la garde de leur collègue dans le coma. L’homme est désarmé, selon le témoignage d’un médecin rapporté par ACTUALITE.CD.
Le calme, cependant, ne dure pas. Quelques heures plus tard, le même soldat fait son retour. Cette fois, il exige le transfert immédiat de son frère vers un autre hôpital. Il profère des menaces à l’encontre du personnel soignant, créant un climat de terreur au sein de la structure sanitaire. Sous la pression, le médecin de garde diurne se voit contraint de signer l’autorisation de transfert, dans l’espoir d’apaiser les esprits et d’éviter un drame plus grand.
Mais l’irréparable se produit le lendemain, mercredi, aux alentours de 5 heures du matin. Alors que le taximan est alité et sous perfusion, le militaire pénètre à nouveau dans sa chambre. Il assène de violents coups au patient vulnérable dans son propre lit d’hôpital. Le personnel médical, impuissant, ne peut empêcher l’agression. Le patient, déjà affaibli, succombe à ses nouvelles blessures quelques heures plus tard. Cet acte d’une brutalité extrême, un militaire tue un patient, soulève une question brûlante : où s’arrête l’impunité ?
La nouvelle de la mort du taximan agressé à Kisangani provoque une vive émotion. Une tension palpable envahit immédiatement le centre médical Catherine et Prosper. Des collègues chauffeurs, pris d’une colère légitime, tentent de s’en prendre à l’établissement, qu’ils jugent peut-être trop passif. Heureusement, des jeunes du quartier interviennent pour calmer la situation et empêcher des actes de vandalisme. Le calme reste néanmoins très précaire dans cette zone de la Tshopo.
Ce drame met en lumière plusieurs problématiques récurrentes. L’accident de circulation à l’origine de la tragédie rappelle les risques quotidiens du transport urbain. Mais surtout, il expose au grand jour les tensions entre civils et certains militaires, ainsi que la difficulté à assurer la sécurité même dans des espaces protégés comme les hôpitaux. La violence militaire en RDC est souvent pointée du doigt, et ce cas en est une illustration glaçante.
Les autorités locales et militaires n’ont pas encore communiqué officiellement sur les suites données à cette affaire. Une enquête est-elle en cours ? Le militaire a-t-il été arrêté ? Les proches de la victime et la communauté des taximen attendent des réponses claires et des actes forts. La crédibilité des institutions est en jeu. Ce qui s’est passé au centre médical Catherine et Prosper ne doit pas rester un simple fait divers, mais devenir un catalyseur pour renforcer la protection des citoyens contre les abus de pouvoir.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
