L’économie du territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, est au point mort. La route nationale numéro 5 (RN5), artère vitale de cette région, est totalement hors d’usage depuis plusieurs mois, créant un blocus économique aux conséquences dramatiques pour les populations et les échanges transfrontaliers. Ce délaissement, conséquence directe d’un conflit armé persistant et d’un manque d’entretien criant, isole non seulement une zone entière mais obstrue également un corridor stratégique vers le Tanganyika, le Maniema et quatre pays voisins. Comment une infrastructure aussi cruciale a-t-elle pu être abandonnée à ce point, et quels sont les impacts réels de cette paralysie sur la stabilité économique de l’est de la République Démocratique du Congo ?
Considérée comme le poumon économique de Fizi, la RN5 constitue bien plus qu’une simple voie de circulation. Elle est la colonne vertébrale d’un réseau commercial reliant Fizi à Kalemie, Kabambare et Salamabila, servant de porte d’entrée vers la Zambie, la Tanzanie, le Burundi et le Mozambique. Aujourd’hui, ce tronçon est devenu synonyme d’impraticabilité. L’administrateur du territoire, Samy Kalonji Badibanga, dresse un constat sans appel : « La période de guerre a paralysé les activités sur ce tronçon, abandonné à son triste sort ». Le délabrement extrême de la chaussée, combiné à un climat d’insécurité latent, a anéanti tout trafic de marchandises. Les camions sont immobilisés, les denrées périssables pourrissent, et les prix des produits de première nécessité flambent dans les marchés locaux, créant une inflation insoutenable pour les ménages.
L’impact économique de cette paralysie est systémique. Le commerce bloqué à Fizi ne se limite pas aux échanges locaux ; il étouffe un corridor économique entier. Les agriculteurs ne peuvent plus écouler leurs récoltes, les commerçants voient leurs stocks se perdre, et les liaisons interprovinciales sont rompues. Cet isolement forcé prive la région de revenus essentiels et renforce la précarité dans une zone déjà vulnérable. La fermeture de cette route stratégique représente une perte sèche pour l’économie nationale, freinant l’intégration régionale et privant le pays des bénéfices du commerce avec ses voisins de la Communauté d’Afrique de l’Est.
Face à cette urgence, les autorités locales multiplient les initiatives. Samy Kalonji Badibanga affirme avoir engagé un plaidoyer soutenu auprès des échelons provincial et national. « Nous avons fait plusieurs plaidoyers pour que cette route nationale 5 Sud-Kivu soit réhabilitée. Nous avons écrit au ministre national des Infrastructures pour qu’il puisse apporter une attention particulière sur ce tronçon », insiste-t-il. Pour l’administrateur de territoire, la réhabilitation de la RN5 dépasse largement le cadre d’un simple chantier public. Elle s’impose comme une mesure de sécurité et de relance économique indispensable. Sans elle, aucun projet de développement durable n’est envisageable à Fizi.
Les enjeux sont multiples. Sur le plan sécuritaire, une route praticable permettrait un meilleur déploiement des forces de l’ordre et romprait l’isolement qui profite aux groupes armés. Économiquement, elle fluidifierait les échanges, abaisserait les coûts du transport et redynamiserait des secteurs clés comme l’agriculture et l’élevage. La réouverture de cet axe vers le lac Tanganyika serait un signal fort pour les investisseurs et un gage de stabilité pour toute la sous-région. La balle est désormais dans le camp des autorités compétentes. L’inaction aurait un coût exponentiel, tandis qu’un investissement stratégique dans les infrastructures routières pourrait relancer un cycle vertueux de croissance et de pacification dans l’est du pays.
À l’heure où la RDC cherche à affirmer sa souveraineté et à stimuler son économie intérieure, la situation de la RN5 Fizi sert de test. Elle révèle les failles persistantes dans la gestion du patrimoine infrastructurel et les conséquences humaines directes d’un désinvestissement chronique. La relance des activités commerciales, la consolidation des liens avec les pays limitrophes et la stabilisation de la province du Sud-Kivu passent nécessairement par la résurrection de cette artère économique aujourd’hui coupée. Le temps presse, et chaque jour de retard aggrave la fracture économique et sociale d’une région au potentiel pourtant immense.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
