Une page se tourne-t-elle enfin dans l’interminable conflit qui a ensanglanté la région ? La fin de la crise des Mobondo a été officiellement déclarée par son initiateur en personne, le chef milicien Sadam alias « Faux Yaya ». L’annonce a été faite à Popokabaka, dans le cadre de la reddition de ces hommes armés aux forces de défense et de sécurité congolaises. Cet événement marque un tournant potentiel après des mois de violence et d’instabilité.
Pour le député national Garry Sakata, élu de la circonscription de Bagata, cette reddition ne constitue cependant qu’une première étape. Il encourage l’action du gouvernement, saluant une approche qui a, cette fois-ci, ciblé « les vrais acteurs de la crise ». L’élu met particulièrement en avant la mission de terrain menée par le ministre délégué à la Défense, Ntambwe Eliezer. « Le Ministre délégué ne s’est pas limité à mener son action dans les bureaux climatisés de la Gombe, il s’est rendu sur le terrain pour parler avec les véritables acteurs », a-t-il déclaré, voyant dans cette méthode la clé des résultats obtenus.
Mais la route vers une paix durable reste semée d’embûches. Garry Sakata lance un avertissement sans équivoque : il n’y a pas de paix sans justice, ni de justice sans réparation. Le parlementaire exige une réparation pour toutes les victimes des atrocités commises par les Mobondo. Il plaide parallèlement pour la mise en place de mesures de non-répétition, garantes selon lui d’une récidive impossible. « Nous attendons donc du gouvernement de mettre tout en œuvre pour que cette paix soit durable, qu’on puisse rétablir toutes les personnes victimes de ces actes ignobles », a-t-il insisté, soulignant la responsabilité de l’État dans ce processus de guérison.
Derrière l’annonce officielle de Popokabaka, une réalité plus sombre persiste sur le terrain. Garry Sakata alerte en effet sur l’existence de plusieurs villages encore sous le joug des combattants Mobondo. Ces derniers occuperaient toujours le secteur Wamba, dans le territoire de Bagata, province du Kwilu. Dans ces zones, la vie est comme suspendue : les écoles sont fermées, les activités champêtres sont à l’arrêt total. Les services de l’État ont rappelé tous leurs agents de ces zones jugées trop dangereuses, laissant les populations dans un isolement anxiogène.
Face à cette situation, l’appel du député est clair. « Nous invitons le Ministre délégué à la défense à se rendre également dans le territoire de Bagata, dans la partie occupée par les Mobondo », a conclu Garry Sakata. L’objectif ? Que les responsables de ces zones libèrent à leur tour les armes qu’ils détiennent, prennent l’engagement solennel de ne plus recommencer et permettent un retour à la normale pour des habitants traumatisés. La tâche s’annonce immense dans le Kwilu, où le souvenir des violences reste vif.
Le territoire de Bagata a été touché de plein fouet par la crise des Mobondo le 17 septembre 2022. Cette vague de violence est survenue près de quatre mois après le début des affres à Kwamouth, territoire voisin. Le secteur Wamba, majoritairement habité par les populations Teke, est devenu le théâtre d’exactions similaires. Des miliciens fugitifs des opérations militaires intensifiées à Kwamouth ont traversé la rivière Kwango, frontière naturelle entre les deux territoires, pour semer la terreur. Comme à Kwamouth, les chefs coutumiers furent les premières cibles, sauvagement décapités. Puis vinrent les incendies de maisons, les tueries de civils et les pillages systématiques, plongeant la région dans la désolation.
La reddition négociée à Popokabaka ouvre-t-elle la voie à une démobilisation générale dans le Bagata Kwilu ? Si l’initiative de Sadam Faux Yaya est un signal positif, les zones d’ombre signalées par Garry Sakata rappellent que la paix est un processus fragile. La véritable fin de la crise des Mobondo ne sera effective que lorsque le dernier village sera libéré, la dernière arme rendue, et qu’une justice réparatrice aura commencé son œuvre. L’action du gouvernement, saluée pour son pragmatisme sur le terrain, est désormais attendue au tournant pour consolider cette trêve précaire et empêcher tout retour de flamme dans une région meurtrie.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
