Le Musée royal de l’Afrique centrale (AfricaMuseum) de Tervuren a récemment opposé un refus ferme à une demande émanant d’une société minière américaine désireuse d’accéder à ses vastes archives géologiques concernant la République démocratique du Congo. Cette initiative, rapportée par la VRT et relayée par l’Agence congolaise de presse, visait à exploiter ces documents historiques à l’aide d’outils d’intelligence artificielle pour cartographier les ressources minières et identifier de nouveaux gisements potentiels. Ce rejet interroge sur les modalités d’accès et d’exploitation des données stratégiques du sous-sol congolais, un enjeu capital pour l’économie nationale et la souveraineté du pays.
Selon les informations divulguées, l’entreprise américaine, dont le nom n’a pas été officiellement révélé, souhaitait appliquer des techniques avancées d’analyse de données et d’intelligence artificielle mines pour traiter ces archives. L’objectif affiché était d’optimiser la prospection et de révéler des opportunités d’extraction encore inconnues. Toutefois, la direction du Musée Afrique centrale, par la voix de son directeur Bart Ouvry, a estimé que ces documents, relevant du domaine public, ne pouvaient être cédés de manière simpliste. Ils nécessitent une numérisation menée avec rigueur scientifique, en collaboration étroite avec les institutions compétentes.
Le projet de numérisation documents historiques est déjà en cours, soutenu financièrement par l’Union européenne et conduit en partenariat avec les services géologiques congolais. Cette approche collaborative vise à garantir que l’exploitation future des données se fasse dans le respect des normes éthiques et scientifiques, et surtout, avec l’aval des autorités de la RDC. Les archives en question contiennent des rapports détaillés et des cartes produites par d’anciennes compagnies minières belges, actives jusqu’à la fin des années 1960. Elles couvrent non seulement le territoire congolais, mais aussi des régions du Rwanda, du Burundi et d’autres parties de l’Afrique.
Cette actualité fait écho à un autre accord signé l’année dernière entre le gouvernement congolais et la société KoBold Metals, soutenue par des figures comme Jeff Bezos et Bill Gates. Cet accord vise également à numériser d’anciens dossiers miniers pour faciliter l’exploration via l’IA. La différence réside dans le cadre formel et la validation par Kinshasa, soulignant l’importance d’un contrôle étatique sur ces ressources informationnelles. La RDC, dotée d’immenses réserves de cobalt, de cuivre et de coltan, des minerais critiques pour la transition énergétique mondiale, voit ainsi ses archives géologiques devenir un trésor convoité.
Mais qui devrait détenir les clés de ces données sensibles ? La position du Musée royal de l’Afrique centrale est claire : l’accès aux archives reste possible pour les chercheurs et les entreprises privées, mais il est strictement conditionné par l’autorisation préalable du gouvernement congolais. Cette mesure de protection vise à éviter une exploitation prédatrice et à assurer que les bénéfices tirés de ces informations reviennent légitimement au peuple congolais. Dans un contexte où la course aux minerais stratégiques s’intensifie, la maîtrise de l’information géologique est un élément crucial de la souveraineté nationale.
En tant qu’institution de recherche et de mémoire, l’AfricaMuseum se présente comme un forum d’étude et de dialogue dédié aux sociétés et à l’environnement de l’Afrique subsaharienne. Sa mission inclut la gestion attentive de collections uniques et le partage des connaissances qui y sont associées. La décision de refuser la demande américaine s’inscrit dans cette logique de préservation et de valorisation responsable, en phase avec ses partenaires africains. Le musée entend ainsi contribuer à une vision équilibrée et durable du développement minier sur le continent.
Pour la République démocratique du Congo, cet épisode rappelle l’urgence de renforcer ses capacités techniques et institutionnelles dans la gestion de ses ressources géologiques. La numérisation scientifique des archives, menée main dans la main avec des partenaires de confiance, pourrait ouvrir la voie à une exploitation plus rationnelle et transparente des richesses du sous-sol. À l’heure où l’intelligence artificielle révolutionne le secteur minier, il est impératif que la RDC reste aux commandes de sa propre destinée minière, en protégeant ses archives géologiques RDC comme un patrimoine national stratégique.
Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
