Lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a dressé un constat sans ambages sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un entretien accordé à RFI, il a qualifié l’attitude des belligérants de « plutôt belligérante », soulignant l’échec des accords successifs à enrayer les violences. Ces déclarations interviennent dans un contexte où la Mission des Nations Unies (MONUSCO) affirme son soutien aux mécanismes de paix, tout en rappelant les limites strictes de son mandat.
Le conflit à l’est de la RDC, un feuilleton de tensions et de ruptures d’accords, connaît un nouveau chapitre marqué par un discours onusien d’une franchise rare. Antonio Guterres a pointé du doigt l’absence de confiance entre les parties comme le principal obstacle à la paix. « On peut signer des accords, mais s’il n’y a pas de confiance, ces accords ne vont pas résoudre le problème », a-t-il affirmé, en référence aux pourparlers de Washington et de Doha. Cette méfiance profondément ancrée constitue-t-elle le point de blocage ultime pour toute résolution durable de cette crise sécuritaire ?
Le chef de l’ONU a également clarifié le rôle et les capacités de la MONUSCO sur le terrain, un point souvent source de confusion ou d’attentes démesurées. « La MONUSCO n’a pas la capacité d’imposer la paix. Ni le mandat, ni la capacité », a-t-il martelé. Cette mission, dont le mandat a été renouvelé et précisé par la résolution 2808 du Conseil de sécurité, se concentre désormais sur un appui technique et logistique au processus de vérification du cessez-le-feu, notamment en soutien à la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Sa marge de manœuvre pour imposer une solution militaire est donc nulle, ce qui recentre le débat sur la volonté politique des acteurs directs et de la communauté internationale.
Sur le terrain, cette orientation se concrétise. La cheffe par intérim de la MONUSCO, Vivian van de Perre, s’est rendue à Goma jeudi dernier, marquant un retour aérien symbolique dans la capitale du Nord-Kivu. Son déplacement vise à appuyer les préparatifs du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (EJVM+). Conformément à son mandat révisé, la mission prévoit un déploiement limité d’une équipe de Casques bleus à Uvira, dans le Sud-Kivu, pour soutenir la surveillance. La MONUSCO insiste sur le caractère temporaire et ciblé de cette opération, précisant qu’il ne s’agit en aucun cas d’un retour durable dans une province qu’elle a quittée en juin 2024.
Parallèlement, la question épineuse des sanctions internationales plane sur les discussions. Interrogé sur de possibles mesures visant des responsables rwandais mentionnés dans des rapports d’experts de l’ONU, Antonio Guterres a rappelé que cette prérogative relevait « exclusivement du Conseil de sécurité ». Il a reconnu la difficulté d’obtenir un consensus au sein de cet organe, tout en réaffirmant un principe fondamental : « il faut rétablir l’intégrité territoriale du Congo ». Cette position illustre le difficile équilibre entre la dénonciation des agissements et la recherche d’une voie diplomatique praticable.
Du côté congolais, le président Félix Tshisekedi a plaidé, en marge du sommet, pour un appui « technique et crédible » accru de la MONUSCO. Il a insisté sur l’urgence de rendre opérationnel le mécanisme de suivi du cessez-le-feu, présenté comme un préalable indispensable à tout apaisement. Comment les Nations Unies peuvent-elles répondre à cette attente tout en restant dans le cadre strict de leur mandat ? La réponse se jouera dans la capacité de l’EJVM+ à gagner en légitimité et en efficacité sur le terrain miné de l’Est.
La situation actuelle révèle ainsi une impasse stratégique. D’un côté, un secrétaire général qui appelle à la confiance et souligne les limites de ses outils. De l’autre, des parties dont l’attitude reste, selon ses propres termes, belliqueuse. Le cessez-le-feu, dont la vérification technique se met laborieusement en place, apparaît comme un test crucial. Son succès ou son échec immédiat déterminera si un espace de dialogue peut être rouvert, ou si la région s’enfonce dans un nouveau cycle de violences, malgré l’engagement affiché de la communauté internationale et les résolutions du Conseil de sécurité sur le mandat de la MONUSCO. L’est de la RDC demeure un baromètre fragile de la paix dans la région des Grands Lacs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
