La sécurité dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, est une nouvelle fois mise à l’épreuve. Deux engins explosifs ont été découverts ces derniers jours dans les localités de Manzembe et Mwenda, rappelant la menace persistante laissée par les groupes armés. Ces bombes, abandonnées par les rebelles des Forces Démocratiques Alliées (ADF) lors de leur retranchement face aux opérations militaires, illustrent un défi sécuritaire majeur pour les populations civiles. Comment les autorités font-elles face à cette menace invisible ?
À Manzembe, c’est la vigilance des habitants qui a permis la découverte du premier engin, le samedi de la semaine dernière. L’appareil, situé à proximité d’une route fréquentée et menant vers des champs agricoles, constituait un danger immédiat. L’alerte a été rapidement donnée aux services compétents. L’intervention du service de lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) a été sollicitée et menée dans les plus brefs délais. Les experts de l’UNMAS en RDC sont ainsi intervenus sur place pour procéder à une opération de déminage, neutralisant la menace. Cette action rapide a permis de sécuriser une zone vitale pour les activités économiques et le quotidien des communautés.
Kalungo Mambo, cadre de la protection civile dans le secteur de Ruwenzori, a confirmé les faits. Il a salué l’intervention de l’UNMAS tout en lançant un appel pressant à la vigilance. « Nous avons alerté le service de l’UNMAS et il est venu procéder au déminage. La bombe découverte à Manzembe constituait un danger près d’une route fréquentée et menant vers les champs de la population », a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « Nous appelons toute la population à faire attention lors des activités champêtres, car après le passage des assaillants, plusieurs engins explosifs ont été abandonnés dans les champs. » Cet avertissement souligne le risque latent qui pèse sur les agriculteurs et les familles dans ces zones rurales.
Parallèlement, une seconde bombe a été repérée à Mwenda, toujours dans le territoire de Beni. Cette fois, ce sont les éléments des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) qui ont identifié l’engin. Enfoui dans le sable, cet explosif attend désormais une opération de neutralisation. La zone concernée reste sous surveillance, et l’accès pour la population est restreint en attendant le déminage. Cette découverte conjointe par les forces de sécurité et la mobilisation de l’UNMAS met en lumière la nécessaire collaboration entre acteurs nationaux et internationaux pour assurer la sécurité du territoire de Beni.
Le contexte de ces découvertes est alarmant. Depuis la reconquête de plusieurs bastions des rebelles ADF par l’armée congolaise dans le secteur de Ruwenzori, il y a quelques années, la découverte d’engins explosifs est devenue une triste récurrence. Les combattants en fuite ont systématiquement laissé derrière eux des pièges mortels, transformant les champs et les chemins en zones à risque. Cette tactique de guerre asymétrique prolonge l’insécurité bien après les affrontements, touchant directement des civils sans défense. La question se pose : jusqu’à quand ces bombes abandonnées par les ADF continueront-elles à hanter le Nord-Kivu ?
Les opérations de déminage dans le Nord-Kivu sont donc devenues une priorité humanitaire et sécuritaire. L’action de l’UNMAS en RDC est cruciale, mais elle doit s’accompagner d’un effort soutenu de sensibilisation. Les communautés locales, premières concernées, doivent être informées des risques et des comportements à adopter. La protection civile, comme le souligne Kalungo Mambo, joue un rôle clé dans ce relais d’information. Cependant, les ressources et l’expertise techniques restent limitées face à l’ampleur de la menace. Chaque engin neutralisé est une victoire, mais le chemin vers une sécurité totale est encore long.
La récurrence de ces incidents pose également la question de la sécurisation durable des zones reprises à l’ennemi. Au-delà des opérations militaires, la phase de stabilisation et de reconstruction nécessite un déminage systématique. Sans cela, le retour des déplacés et la reprise des activités économiques sont compromis. Les engins explosifs à Beni ne sont pas seulement une menace physique ; ils sont un frein au développement et à la paix sociale. Les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux doivent intensifier leurs efforts pour cartographier et nettoyer ces zones contaminées.
En conclusion, la découverte de ces deux engins explosifs à Manzembe et Mwenda sert de rappel brutal. La menace des bombes abandonnées par les ADF est bien réelle et persistante. L’intervention de l’UNMAS et la vigilance des FARDC ont permis d’éviter le pire cette fois-ci. Mais le bilan est clair : tant que des explosifs restent disséminés dans la campagne, la sécurité des populations du territoire de Beni ne sera pas garantie. Un appel à la vigilance accrue est lancé, tandis que les opérations de déminage doivent se poursuivre sans relâche pour tourner cette page sombre de l’histoire de la région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
