La province du Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, est confrontée depuis le début de l’année 2026 à une épidémie de rougeole préoccupante. Plus de 3000 cas ont été enregistrés, causant 8 décès. Ces chiffres, bien qu’alarmants, montrent une légère régression selon les autorités sanitaires, un signe que les efforts de contrôle portent peut-être leurs premiers fruits.
Le docteur Justin Bengheya, épidémiologiste à la Division Provinciale de la Santé (DPS) du Sud-Kivu, a fourni des données précises : « Depuis le début de l’année 2026, la province a notifié 3041 cas. Malheureusement il y a eu 8 décès enregistrés, ce qui nous amène à un taux de létalité de 0,39%. Il faut dire qu’on observe une légère régression des cas entre la quatrième semaine épidémiologique et la cinquième allant de 431 à 332 cas ». Cette baisse, bien que modeste, est un signe encourageant dans la lutte contre cette maladie contagieuse.
Mais qu’est-ce que la rougeole exactement et pourquoi suscite-t-elle tant d’inquiétude au Sud-Kivu ? Il s’agit d’une infection virale hautement contagieuse, qui se transmet par l’air via les gouttelettes respiratoires. Les symptômes initiaux ressemblent souvent à un gros rhume : fièvre élevée, toux, écoulement nasal et conjonctivite. L’éruption cutanée caractéristique, avec des plaques rouges, apparaît quelques jours plus tard. Bien que souvent perçue comme bénigne, la rougeole peut entraîner de graves complications, notamment des pneumonies, des encéphalites (inflammations du cerveau) et même la mort, surtout chez les jeunes enfants malnutris ou non vaccinés.
Dans le contexte du Sud-Kivu, cette épidémie de rougeole en RDC survient alors que la province doit déjà gérer deux autres crises sanitaires majeures : le choléra et le M-Pox (variole du singe). Cette triple charge épidémique met à rude épreuve le système de santé local, déjà fragilisé par des défis logistiques et financiers, compliquant d’autant la réponse coordonnée nécessaire.
Les zones de santé les plus touchées par la rougeole sont essentiellement Minova, Bunyakiri, Kalehe, Idjwi, Kamituga, Kaziba et Nyangezi. Ces régions, souvent rurales et parfois difficiles d’accès, présentent fréquemment des taux de couverture vaccinale insuffisants, ce qui explique la propagation rapide du virus. La concentration des cas de rougeole 2026 dans ces sept zones en fait des cibles prioritaires pour une intervention urgente.
Justement, une lueur d’espoir se profile avec l’annonce d’une riposte vaccinale au Sud-Kivu. Le docteur Bengheya a confirmé qu’une campagne de vaccination réactive est prévue pour ce mois de février dans les zones de santé de Bunyakiri, Minova, Idjwi, Kamituga, Kalehe, Kaziba et Nyangezi. Cette opération ciblée vise à circonscrire rapidement les foyers infectieux et à protéger les populations les plus vulnérables, en particulier les enfants de 6 mois à 5 ans. La vaccination reste l’arme la plus efficace pour prévenir la rougeole et ses complications graves.
Pourquoi la vaccination est-elle si cruciale pour stopper cette épidémie ? Le vaccin contre la rougeole, sûr et extrêmement efficace, permet d’atteindre l’immunité collective lorsqu’une couverture supérieure à 95% est maintenue. Malheureusement, dans de nombreuses régions de la RDC, les taux stagnent en dessous de ce seuil, laissant la porte ouverte à des flambées récurrentes. Cette riposte vaccinale est donc un maillon essentiel pour briser la chaîne de transmission dans les zones de santé touchées par la rougeole.
Face à cette situation, que peuvent faire les populations ? La première recommandation est de vérifier le statut vaccinal des enfants et de se rendre aux points de vaccination lors de la campagne annoncée. Les parents doivent également être vigilants face aux symptômes évoqués. En cas de fièvre et d’éruption cutanée, il est impératif de consulter rapidement un centre de santé pour un diagnostic et une prise en charge appropriés, tout en limitant les contacts pour ne pas propager la maladie.
La légère régression des cas est encourageante, mais elle ne doit pas conduire à un relâchement de la vigilance. La route vers le contrôle de cette épidémie de rougeole au Sud-Kivu passe par un engagement collectif : celui des autorités sanitaires à organiser une riposte robuste, et celui des communautés à adhérer aux mesures préventives, notamment la vaccination. Protéger chaque enfant, c’est protéger toute la communauté contre cette maladie évitable.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
