Plus de 11 000 vies paysannes transformées en l’espace d’une seule année. Le chiffre, livré par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), résonne comme une lueur d’espoir dans le Nord-Kivu souvent meurtri. À Lubero, une minoterie moderne, capable de traiter 50 tonnes de céréales par jour, n’est plus un projet sur papier mais une réalité qui produit et emballe déjà sa farine. À ses côtés, une biscuiterie achève sa mise au point, promettant de diversifier encore l’offre et de créer de nouveaux emplois paysans Nord-Kivu. Cette initiative de l’ICCN démontre une vérité souvent oubliée : la protection de la nature et le développement économique des communautés locales ne sont pas des forces opposées, mais peuvent être les deux faces d’une même pièce.
Comment une institution dédiée à la conservation peut-elle devenir un tel moteur de création d’emplois ? La réponse se niche dans une vision intégrée. En offrant des alternatives économiques viables et durables aux populations riveraines, l’ICCN agit sur l’une des causes profondes des pressions sur les écosystèmes. Lorsque le champ ou l’usine nourrit dignement une famille, la tentation de braconnage ou d’empiètement dans les aires protégées diminue. C’est une stratégie de conservation par le développement, une manière de dire que la forêt et l’homme peuvent prospérer ensemble.
Cette bonne nouvelle économique s’accompagne d’un souffle vital pour la biodiversité du Parc national des Virunga. Malgré un contexte sécuritaire extrêmement difficile, forçant même la fermeture de plusieurs sites touristiques majeurs, la vie, elle, résiste et renaît. Huit naissances de gorilles ont été enregistrées, un signe fort de la stabilité des populations de ces géants menacés. La situation des espèces du parc est décrite comme « très stable », un résultat qui tient du miracle dans cette région. Cette résilience est le fruit d’un travail de protection acharné, souvent au péril de la vie des éco-gardes.
Dans ce tableau contrasté, une autre lueur technologique brille : la centrale Rwanguba. Sa première phase, maintenant opérationnelle, injecte près de 15 mégawatts dans un réseau électrique assoiffé, alimentant des territoires comme Rutshuru, Nyiragongo et la métropole de Goma. Cette énergie propre, issue des richesses hydrauliques du parc, est un autre pilier du modèle vertueux défendu par l’ICCN. Elle prouve que les ressources naturelles des aires protégées, lorsqu’elles sont gérées avec sagesse, peuvent éclairer et faire tourner l’économie sans les détruire.
Le défi reste immense, l’ombre de l’insécurité plane toujours. Mais le message envoyé depuis Beni est clair : même dans la complexité, l’action est possible. L’ICCN, souvent cantonné dans un rôle de « gendarme vert », se révèle aussi comme un acteur économique et social clé. En créant des milliers d’emplois paysans Nord-Kivu via sa minoterie Lubero, en garantissant la survie des gorilles dans le Parc national des Virunga, et en produisant une énergie renouvelable avec la centrale Rwanguba, il tisse une nouvelle toile où conservation rime avec prospérité. La vraie protection de la nature commence peut-être ici, dans le sac de farine d’un paysan et dans la lueur d’une ampoule à Goma.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
