Ils marchent depuis des heures, le visage creusé par la fatigue et la peur. Dans leurs bras, quelques biens essentiels, parfois un enfant endormi. Pour des milliers de familles du territoire de Fizi, au Sud-Kivu, la vie a basculé en un instant. Les coups de feu, les explosions, et cette course effrénée vers l’inconnu. « Nous avons tout laissé derrière nous, nos champs, notre maison, tout », confie une mère de famille, rencontrée sur un chemin de terre poussiéreux. Son regard fuyant trahit l’horreur vécue. Comme elle, ils sont des centaines de milliers à errer, cherchant un semblant de sécurité.
Le constat est glaçant : selon l’administrateur du territoire de Fizi, Samy Badibanga Kalonji, le nombre de déplacés internes avoisine désormais le million. Un chiffre qui donne le vertige et résume à lui seul l’ampleur de la crise humanitaire qui frappe cette région de l’est de la République Démocratique du Congo. « Sur l’ensemble du territoire de Fizi, nous avoisinons plus d’un million de déplacés internes. Le premier lot est celui de l’année passée, et le second est lié aux récents affrontements », a-t-il déclaré, lançant un appel pressant à une aide d’urgence. La situation, déjà précaire, ne cesse de se dégrader.
Les récents affrontements, survenus jeudi 5 février dans la localité communément appelée « Point Zéro », ainsi qu’à Tuwetuwe, ont été particulièrement violents. Les Forces Armées de la RDC (FARDC), appuyées par les groupes d’autodéfense Wazalendo, y ont affronté une coalition de milices incluant les Twirwaneho, Red Tabara, FNL Zabampema, Android et Vijana Power. Ces groupes armés ont attaqué les positions de l’armée, provoquant une nouvelle spirale de violence. Pour les populations civiles, pris en étau entre les belligérants, ces combats signifient la fuite immédiate, sans espoir de retour prochain.
L’onde de choc de ces affrontements s’étend bien au-delà de Fizi. Les déplacés internes viennent aussi de la ville d’Uvira, des territoires de Mwenga et de Kabambare dans la province voisine du Maniema, ainsi que de certaines zones de la province du Tanganyika. Certains sont en exil depuis l’année dernière, d’autres ont tout juste pris la route, poussés par les derniers soubresauts du conflit. Cette mobilité forcée crée une mosaïque de détresse, où chaque histoire est un drame personnel ajouté à une tragédie collective.
Sur le terrain, les besoins sont immenses et criants. Abris, nourriture, eau potable, soins médicaux : l’essentiel fait défaut. Les organisations humanitaires, déjà débordées par l’ampleur des déplacés internes à Fizi, peinent à répondre à l’afflux de nouveaux arrivants. L’administrateur Badibanga Kalonji alerte sur l’urgence de la situation : sans une intervention rapide, la malnutrition, les maladies et la mort guettent ces populations vulnérables. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ces affrontements dans le Sud-Kivu semblent-ils sans fin ?
Les racines du conflit sont anciennes, mêlant rivalités ethniques, lutte pour le contrôle des ressources naturelles et faiblesse de l’État. Les milices Twirwaneho et Red Tabara, entre autres, prospèrent sur ce terreau d’instabilité. Malgré les opérations militaires, la paix reste insaisissable. Les civils paient le prix fort, devenant les otages de guerres qu’ils ne comprennent pas toujours. Cette crise humanitaire en RDC est-elle une fatalité ? Certainement pas, mais elle exige une réponse à la hauteur des souffrances endurées.
Au-delà des chiffres, c’est l’avenir de toute une région qui se joue. Les déplacés internes, privés de leurs moyens de subsistance, voient leurs enfants grandir dans la peur et la précarité. L’éducation est interrompue, la cohésion sociale menacée. Sans une action concertée pour ramener la sécurité et fournir une aide durable, le cycle de la violence risque de perpétuer. La communauté internationale, les autorités congolaises et les acteurs locaux doivent impérativement unir leurs efforts pour mettre fin à cette spirale infernale. Car derrière chaque statistique, il y a un visage, une vie brisée, un rêve envolé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
