Imaginez un travailleur humanitaire, smartphone à la main, marchant des kilomètres à la recherche d’un seul barreau de réseau. C’est le quotidien absurde et épuisant qui sévit depuis plus d’une semaine dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Jackson Mbula, secrétaire exécutif du Cadre de Paix pour la Réconciliation et la Justice, vit cette frustration au quotidien. « Sans réseau, nous sommes comme des aveugles tentant de secourir des personnes dans un bâtiment en feu. Nous avançons à tâtons, sans savoir où sont les besoins les plus urgents », confie-t-il, la voix chargée d’une inquiétude palpable. Cette coupure communication Rutshuru n’est pas une simple panne technique ; c’est un étranglement délibéré du cordon ombilical qui relie les organisations d’aide aux milliers de familles vulnérables.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates et dramatiques. Les transferts d’argent par mobile, une bouée de sauvetage pour des milliers de déplacés pour acheter de la nourriture ou des médicaments, sont à l’arrêt. Comment identifier avec certitude les bénéficiaires les plus méritants sans pouvoir croiser les données ? Comment lancer une alerte urgente face à un mouvement soudain de populations fuyant les combats ? Cette perturbation activités humanitaires Nord-Kivu jette un voile d’opacité sur des opérations qui reposent sur la précision et la réactivité. L’aide humanitaire bloquée RDC n’est plus une menace abstraite, mais une réalité cruelle qui se mesure en ventres creux et en soins non dispensés.
Les travailleurs humanitaires sont contraints de revenir à des méthodes archaïques : déplacements longs et périlleux pour transmettre un message, utilisation de motos-taxi pour faire passer des rapports papier, perte de temps colossale. Dans un contexte où la sécurité est volatile, cette impossibilité de communiquer instantanément expose aussi bien les aidants que les aidés à des risques accrus. Les réseaux télécommunication coupés Nord-Kivu créent une zone de silence propice à tous les trafics et à toutes les manipulations. Qui peut garantir que l’aide, lorsqu’elle arrive enfin, parvient bien à ceux pour qui elle est destinée ? La transparence, pilier de l’action humanitaire, vole en éclats.
Cette situation place la communauté humanitaire face à un dilemme cornélien : poursuivre des interventions au ralenti, avec tous les risques d’inefficacité et de détournement que cela comporte, ou suspendre temporairement certaines activités en attendant un retour à la normale ? Dans les deux cas, ce sont les populations civiles, déjà éprouvées par des années de conflit et de déplacement, qui paient le prix fort. La crise humanitaire Rutshuru entre ainsi dans une phase encore plus critique, où le manque d’information aggrave le manque de tout le reste.
Au-delà de l’urgence opérationnelle, cette coupure pose une question fondamentale sur le rôle des autorités. Dans une région en proie à l’instabilité, la communication n’est pas un luxe, c’est un service essentiel au même titre que l’eau ou les soins de santé primaires. Son interruption, qu’elle soit due à des actes de sabotage, à des conflits entre opérateurs ou à une négligence des pouvoirs publics, est une entrave directe au droit à la vie et à la sécurité des personnes. L’appel lancé par les organisations pour un rétablissement urgent des réseaux est donc un cri d’alarme civique. Peut-on sérieusement prétendre protéger les populations tout en les privant de leur moyen de lancer un SOS ou de recevoir une aide vitale ?
La paralysie à Rutshuru est un microcosme des défis structurels qui minent l’action humanitaire en RDC. Elle révèle une fragilité excessive, une dépendance à des infrastructures souvent défaillantes, et un manque criant de solutions de secours. Elle interroge aussi la responsabilité sociale des opérateurs de téléphonie et le devoir de l’État de garantir l’accès à l’information en toutes circonstances, surtout dans les zones de crise. Tant que les lignes resteront muettes à Rutshuru, des vies continueront de basculer dans l’ombre, loin des radars de la solidarité nationale et internationale. Le rétablissement de la communication n’est pas une question technique, mais un impératif humanitaire et moral.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
