La scène politique congolaise vient de livrer un nouveau chapitre, aussi technique que symbolique, dans le labyrinthe des processus de paix. Les termes de référence adoptés lundi à Doha, définissant le rôle de la MONUSCO dans le mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu avec le M23, dessinent les contours d’une mission onusienne soigneusement cantonnée à un rôle d’appui. Loin de l’arbitre tout-puissant que certains imaginaient, la mission se voit confier une fonction de facilitateur logistique, un statut de « participant additionnel » qui en dit long sur la dynamique de pouvoir à l’œuvre dans les accords paix RDC. Ce positionnement, s’il peut sembler anodin, révèle en réalité une volonté politique claire : maintenir le pré carré décisionnel exclusivement entre les belligérants.
Selon le document consulté, l’épine dorsale du dispositif, le mécanisme de vérification Doha officiellement baptisé COVM, fonctionnera sur la base d’un consensus exclusif entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. La MONUSCO RDC, bien que présente, est explicitement exclue de ce cercle décisionnel. Sa tâche se limite à « faciliter la coordination logistique », notamment en appuyant le déploiement et le fonctionnement des équipes conjointes du Mécanisme conjoint étendu de vérification Plus (EJVM+). En d’autres termes, l’ONU fournit les véhicules, les moyens de communication et peut-être les baraquements, tandis que la responsabilité de constater les violations du cessez-le-feu M23 et de surveiller la situation sur le terrain incombe aux représentants directs des deux parties, éventuellement épaulés par des observateurs indépendants.
Cette architecture mérite une analyse politique approfondie. D’un côté, elle peut être lue comme une victoire de la souveraineté nationale, un refus de laisser une force extérieure s’immiscer dans le cœur du processus. Le gouvernement de Kinshasa, soucieux de son autorité, et le M23, désireux d’une reconnaissance bilatérale, y trouvent un terrain d’entente inattendu. D’un autre côté, cette configuration place la MONUSCO dans une position délicate, voire inconfortable. Elle est sollicitée pour son expertise et son infrastructure, essentielles au fonctionnement du mécanisme, mais privée de toute capacité d’influence sur les conclusions qui en découleront. Joue-t-on là le jeu d’une crédibilisation technique d’un processus dont les conclusions politiques seraient, d’avance, verrouillées ?
Le mandat légal de cette implication se fonde sur les résolutions du Conseil de sécurité, notamment la résolution 2808, qui habilitent la mission à appuyer les mécanismes de supervision cessez-le-feu. Ainsi, la base juridique est solide. Reste à savoir si cette limitation opérationnelle ne risque pas, à terme, de saper l’efficacité et la crédibilité même de la supervision. Un mécanisme dont les vérifications sur le terrain sont effectuées uniquement par les parties en conflit, aussi « conjointes » soient-elles, peut-il produire des rapports perçus comme impartiaux par la communauté internationale et les populations civiles directement affectées ? La question, rhétorique, plane comme une ombre sur les plaines du Nord-Kivu.
L’établissement de ce mécanisme de vérification s’inscrit dans la trajectoire plus large des accords de Doha, visant un cessez-le-feu permanent et un accord de paix global. La réussite ou l’échec de ce dispositif technique sera un indicateur crucial de la volonté réelle des signataires. Si la MONUSCO assure la logistique, la responsabilité politique du succès repose intégralement sur les épaules des Congolais et du M23. Le gouvernement joue ici un pari risqué : celui de démontrer qu’un processus endogène, même soutenu logistiquement de l’extérieur, peut aboutir à une paix durable. L’enjeu dépasse la simple logistique ; il touche à la légitimité et à l’efficacité de la diplomatie congolaise dans la résolution de ses crises internes.
À l’heure où les projecteurs se braquent sur les prochaines étapes du cessez-le-feu, la structure mise en place sonne comme un avertissement. Elle signale une évolution dans la gestion des conflits en RDC, où les solutions sont de plus en plus conçues et contrôlées localement, reléguant les acteurs internationaux à des rôles de second plan. La capacité du COVM à prévenir et résoudre les violations, sans l’autorité directe de l’ONU, sera le véritable test. Le prochain enjeu est déjà visible : transformer cette architecture de consensus fragile en un outil de paix concret sur le terrain. L’alternative, un échec de ce mécanisme, renverrait la balle dans le camp d’une communauté internationale qui pourrait alors se trouver démunie, ayant volontairement limité ses propres leviers d’action.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
