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Ituri : Le contingent marocain de la MONUSCO vole au secours de 140 orphelins

Le bruit léger de la respiration fragile d’un nourrisson berce la pièce surchauffée. Dans ses bras, Soeur Marie, une soignante de l’orphelinat Saint-Kizito de Bunia, tente d’apaiser l’enfant. « Il est arrivé il y a trois jours. Sa mère est décédée en couches dans un village reculé. Ici, nous faisons ce que nous pouvons, mais sans lait en poudre et avec si peu de matelas… », confie-t-elle d’une voix épuisée. Ce lundi 2 février, un souffle d’espoir a pourtant traversé les couloirs de cet établissement accueillant près de 140 orphelins. Le contingent marocain de la MONUSCO a remis un important lot de couvertures, de lits, de rations alimentaires et de médicaments, un geste de solidarité qui soulève une question cruciale : jusqu’où peut s’étendre la responsabilité de la communauté internationale face à la détresse des plus vulnérables en Ituri ?

La cérémonie de remise, sobre et émouvante, s’est déroulée en présence du commandant de la Force de la MONUSCO dans la province. Il a rappelé que cette action s’inscrivait dans le cadre du renforcement des relations civilo-militaires, un lien essentiel dans une région marquée par des décennies de violence. Mais derrière la symbolique de l’événement se cache une réalité quotidienne d’une âpreté saisissante. Comment des enfants, dont l’âge oscille entre zéro et trois ans, en sont-ils venus à peupler cet orphelinat ? Les réponses font froid dans le dos : pour la plupart, ils ont perdu leurs mères lors de l’accouchement, dans une province où l’accès aux soins obstétricaux relève souvent du parcours du combattant. D’autres sont les victimes collatérales silencieuses des conflits armés qui déchirent encore l’Ituri, laissant derrière eux des familles brisées et des vies en suspens. Certains enfin ont été confiés à l’établissement par des « personnes de bonne volonté », expression pudique qui masque des situations de pauvreté extrême.

La prise en charge de ces enfants vulnérables représente un défi herculéen pour le personnel dévoué de Saint-Kizito. Le manque de moyens est criant. « Le défi majeur, c’est l’accès aux soins », explique le Dr Innocent Mateso, médecin responsable du centre de santé Mudizi Maria, partenaire de l’orphelinat. « Ces tout-petits sont extrêmement fragiles. Nous en référons au moins une dizaine chaque jour vers notre centre, mais nous fonctionnons nous aussi avec des moyens très limités. » L’apport de plusieurs cartons de médicaments par le contingent marocain est donc une bouffée d’oxygène. Pourtant, le casse-tête demeure entier, notamment pour l’alimentation. Les nourrissons ont un besoin vital et quotidien de lait, une denrée coûteuse et difficile à se procurer de manière régulière. Les lits et matelas offerts vont améliorer des conditions de sommeil jusqu’ici précaires, mais pour combien de temps ? L’aide humanitaire, aussi bienvenue soit-elle, ressemble souvent à une goutte d’eau dans un océan de besoins.

Cette action du contingent marocain de la RDC met en lumière un paradoxe profond de l’est de la République Démocratique du Congo. D’un côté, une mission de maintien de la paix, la MONUSCO, tente d’établir une stabilité sécuritaire. De l’autre, une crise humanitaire structurelle mine l’avenir de toute une génération. Le soutien aux orphelins est-il seulement une question de dons ponctuels ? Ne devrait-il pas s’accompagner d’un plaidoyer fort pour le renforcement des systèmes de santé publique et de protection sociale de la province ? Les soldats de la paix déposent des cartons aujourd’hui, mais qui construira les fondations d’un avenir durable pour ces enfants demain ?

En quittant l’orphelinat Saint-Kizito Bunia, on ne peut s’empêcher de penser à la fragilité de ces vies débutantes, ballottées par les aléas d’un conflit et d’une pauvreté qui ne disent pas leur nom. Le geste des Casques bleus marocains est noble et nécessaire. Il rappelle que la paix ne se construit pas seulement avec des fusils, mais aussi avec des couvertures et du lait. Cependant, il interroge aussi la communauté nationale et internationale sur la nécessité de passer d’une logique d’assistance d’urgence à une stratégie de développement à long terme. La vraie paix en Ituri se gagnera peut-être dans des salles de classe et des centres de santé bien équipés, bien plus que sur les champs de bataille. Le bien-être des enfants vulnérables comme ceux de Saint-Kizito n’est pas une simple question de charité ; c’est un baromètre essentiel de la santé morale et de l’avenir de toute la société congolaise.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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